Vittorio Accornero de Testa (1896-1982) fut illustrateur, peintre, scénographe et écrivain italien. Pendant un temps, il prit le pseudonyme de Max Ninon pour signer ses oeuvres et fut l'époux de l'artiste italienne Edina Altara.

Federico Spano, journaliste à La Nuova Sardegna à Sassari (Sardaigne, Italie) acquiert depuis quelques années les oeuvres de Vittorio Accornero et promeut leur diffusion, ainsi que celles d'Edina Altara, pour que ces deux artistes ne tombent pas dans les oubliettes. Je l'accompagne dans cette belle aventure en traduisant en français des textes en italien.

Aujourd'hui, il existe en français un blog dédié à l'oeuvre d'Edina Altara où l'on trouve des oeuvres réalisées avec Vittorio Accornero, et plus particulièrement les deux articles :

Illustrations signées Edina Altara et Vittorio Accornero

Edina Altara et Vittorio Accornero illustrent Nous et le monde


Un troisième article fut publié sur le présent blog le 22 octobre 2009 et migrera le 28 janvier 2010 sur le blog dédié à Edina Altara : A bord du transatlantique Rex avec Edina Altara et Vittorio Accornero

On peut aussi voir une oeuvre peinte de Vittorio Accornero ici.

Vittorio Accornero fut notamment le créateur pour Gucci du foulard Flora conçu spécialement pour la princesse Grace de Monaco en 1966. Giuliana Altea, auteure d'un livre sur l'oeuvre d'Edina Altara, a également publié un ouvrage sur les foulards de Vittorio Accornero créés pour la maison Gucci. C'est à partir de celui-ci que je propose d'entrer dans l'univers créatif de l'artiste italien.

gucci-mail.jpg
Giuliana Altea, Jardins de soie. Vittorio Accornero pour Gucci, 1960-1981, Agave éditions.


L'événement qui devait lier indissolublement le nom de Vittorio Accornero à celui de Gucci a une vague allure de fable. On raconte qu'un jour la princesse Grace de Monaco vint dans la boutique milanaise de l'entreprise pour acheter un sac à main, et Rodolfo Gucci, voulant lui faire un cadeau, lui demanda ce qu'elle préférait. Mais le désir exprimé par la princesse – un foulard aux motifs floraux – le jeta dans le tourment : dans toute la production de foulards de la maison il n'y avait même pas un modèle avec une telle fantaisie. Rodolfo se précipita alors chez Accornero et le pria d'en dessiner un immédiatement, ce que l'artiste aurait fait en une seule nuit (1), rassemblant toutes les ressources du métier et de sa propre créativité. Naquit ainsi Flora, le foulard destiné à révolutionner l'histoire de cet accessoire de mode : un carré de soie parsemé de fleurs de chaque saison minutieusement décrites et abondamment colorées, qui deviendrait le prototype d'une longue série de modèles analogues et prêterait par la suite son dessin aux sacs à main, chaussures, bijoux et robes de la maison florentine (2). Un miracle réalisé en une nuit, pour l'amour d'une princesse : vraiment comme dans une fable, même si c'est une fable moderne.

Notes :

(1) En réalité Accornero ne dessina pas Flora en une nuit mais en un peu plus d'une semaine, temps cependant remarquablement bref pour une composition du genre (après avoir enregistré dans le calendrier la conclusion du travail, qui dura du 15 au 22 janvier, l'artiste ajoutait satisfait : “8 jours !”).

(2) Une version légèrement différente de l'anecdote se lit dans un article publié par Oggi en 1982 : “Un jour lointain, la princesse Grace de Monaco entra dans sa boutique et Rodolfo Gucci se hâta de lui offrir un foulard. Il y avait des roues colorées, des petits trains. “Les fleurs plaisent tant à son altesse”, lui murmura le comte Cattaneo qui accompagnait la princesse. Et lui, pour être poli, téléphona immédiatement au peintre Accornero en lui commandant un dessin avec des fleurs. Ces fleurs désormais légendaires qui sont les armoiries de Gucci et ont tant contribué à sa fortune” (A. Pensotti, “In un lungo “Diario” cinematografico il re del foulard Rodolfo Gucci fa rivivere sua moglie. Figlio, ecco tua madre”, Oggi, 15 décembre 1982, p. 48).

5 Foulard Flora Accornero
Vittorio Accornero, foulard, modèle Flora, 1966, soie imprimée, 86 cm x 88.

Le sujet – une éclatante pluie de bouquets de fleurs de toutes les saisons, minutieusement décrites, en un kaléidoscope de couleurs éblouissantes – inspiré par la figure féminine homonyme dans la Primavera de Botticelli, est un hommage à Florence et aux origines florentines de l'entreprise. La nouveauté du thème floral, différent de l'habituel répertoire voyages-chasse-sports lié à l'identité de la maison Gucci, l'inédite composition unitaire au lieu de celle formée par la répétition de sections spéculaires, la gamme accrue de couleurs, en font un élément capital dans l'histoire de cet accessoire de mode. Le motif de Flora fut repris par Frida Giannini, designer de la maison Gucci, et est encore appliqué à diverses catégories d'objets.

 

Page 11, traduit de l'italien par Patricia Tutoy, le 13 décembre 2009.

 


A suivre.

Retour à l'accueil