Le dimanche, un poème et une image.

Une visite en usine de Vittorio Sereni et Ile Seguin de Alessandro Papetti.



Une visite en usine.

Gaiement dans l'air de septembre sifflement plus que cri

Très loin une sirène d'usine.

Elles n'étaient donc pas toutes éteintes les sirènes ?

Les patrons autrefois voulaient que tout se taise

Sur les quartiers de peine :

Ils en tirent gloire aujourd'hui grâce à la paix publique.

Avec le silence qui brièvement clôt ce matin calme

Jaillit en toi, tumultueux,

Ce feu d'un devoir sur le jeu suspendu,

La sirène qu'enfant tu entendais

Entre deux heures de classe. Résonne en cette heure, aujourd'hui,

La vigueur grondante des pionniers :

Sur le jeune siècle,

Avide de futur dans le son qui s'élance,

La flèche de leur hardiesse...

Mais c'est la voix des autres, ouvrière, en phase déclinante

Pervertie en rancoeur qui s'assombrit et menace,

Sourd mécontentement qui chaque jour s'alarme

Et qu'on calme chaque jour – jusqu'à quand ?

Ô voix aujourd'hui abolie, autrefois divisée, ô âme bilingue

Entre vibrant avenir et temps dilapidé

Ô musique éteinte autrefois dominante et railleuse,

Est sirène artisane, d'atelier, avec des espérances :

A grand-peine travail et salaire aux alentours.

Dans l'air amer et vide un spectre du son

Des sirènes éteintes, non plus une voix

Mais en courts frémissements en vagues toujours plus lentes

Un arôme de mélanges une odeur de sang et de peine.


Vittorio Sereni (Luino, 1913 – Milan, 1983). Titre original du poème : Una visita in fabbrica in Gli strumenti umani (1965), Les instruments humains.


La version originale du poème : Una visita in fabbrica.

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