« Tout est tourné vers la « Fille », comme vierge, mère, soeur, épouse, comme terre, arbre, potager, jardin, rose, fontaine, puits, comme montagne, château, immeuble, maison, église, et comme soleil et lune, comme barque, fleuve, mer où se perdre, se noyer, mais aussi voyager et revenir, comme grotte, caverne de laquelle on est né et à laquelle on voudrait toujours retourner ».

C'est ainsi que Roberto de Simone dans son livre Canti e Tradizioni Popolari in Campania, Chants et traditions populaires en Campanie, introduit le sens magique et rituel de la musique qui accompagne les fêtes des paysans, c'est fondamentalement la dévotion à la Madonne, mais aussi moment de liberté, de « soulagement » après des mois de longue fatigue, c'est le moment de la renaissance de la terre, du nouveau cycle qui rythmera la vie et la fatigue jusqu'à la prochaine année, parce qu'on reviendra encore ici pour remercier la Madonne, la Mère, Cybèle.

La tammuriata est le chant avec tambourin qui accompagne la danse traditionnelle, les chanteurs se transmettent les chansons oralement, fête après fête, tammurriata après tammurriata, de brèves strophes d'une paire d'hendécasyllabes qu'ils entonnent l'une après l'autre, comme elles viennent à la mémoire et comme les autres chanteurs invitent à chanter.

Il y a quelques dizaines d'années
le terme tammurriata désignait uniquement un répertoire chanteur-instrument. Aujourd'hui, il représente un ensemble de danses sur des musiques exécutées avec un grand tambourin (ou plusieurs) et/ou divers instruments. Dans la classification des danses régionales italiennes, la tammurriata fait partie de la famille de la tarantelle méridionale dont elle constitue un sous-groupe spécifique et original basé sur le rythme rigidement binaire : participation à la danse en couple exclusivement (mixte ou pas), utilisation de castagnettes qui, au-delà de donner le rythme de base, obligent à une cinétique de mains, bras et buste.

La danse tire son nom du rythme marqué par un grand tambourin (
tamburo, appelé aussi tammorra) au cadre peint, avec des grelots de fer-blanc, une décoration accessoire possible de rubans ou de peintures polychromes et de sonnettes.

Les divers instruments, en dehors du tambourin, pouvant accompagner la voix, masculine ou féminine, modulée selon des techniques et des styles particuliers sont :
putipù ou caccavella, triccheballacche, scetavajasse, treccia (tresse constituée de sonnettes de bicyclettes), scacciapensieri (littéralement « Chasse les soucis ») ou trompette des Tziganes, flûte, double flûte à bec.

 

Texte en français adapté et traduit de deux textes en italien, ici et , par Patricia Tutoy, le 7 août 2010.

 

Tammurriata 1
Chant, tambourin et flûte.

 

Tammurriata 2
L'extase de danseurs.

 

Tammurriata 3
Au premier plan, musicien avec scacciapensieri ou trompette des Tziganes ; enfant avec double flûte à bec. Au second plan, en partant de la gauche : deux musiciens avec grands tambourins, le chanteur Marcello Colasurdo (que l'on retrouve dans la vidéo ci-dessous) et un musicien avec un putipù ou caccavella.

 

Tammurriata 4

Un couple de danseurs avec castagnettes (en italien, castagnette ou nacchere).

 

Tammurriata 5
Environs de Naples, 1999. Photographies de
Carlo Hermann.

 

Les photographies (argentiques et numérisées) de Carlo Hermann ne sont pas libres de droits. Pour toute reproduction, le contacter à l'agence Controluce à Naples. Je le remercie du fond du coeur de m'avoir fait découvrir la tammurriata et de m'avoir offert ces photographies, il y a onze ans.

 



Vidéo de
Cosimo Alberti : Tammurriata, Prix "Serenata a Mamma Schiavona"au sanctuaire de la Madonna de Montevergine (Naples à 51 km environ), avec Marcello Colasurdo.

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