Le dimanche, un poème et une image.

 

Un poème de Pablo García Baena et une photographie de Patricia Tutoy.

 

 

 

Seul ton amour et l'eau.

 

Seul ton amour et l'eau... Octobre sur la rivière

baignait les grappes dorées du couchant,

et cette lune odieuse qui s'élevait, si claire,

chassait les noires violettes de l'ombre.

Égaré, je naufrageais dans une mer de désir,

aveuglé par la douce brume de tes cheveux.

De tes cheveux qui dans ma gorge étouffaient ma voix

quand j'égarais ma bouche sur leurs vagues de brouillard.

Seul ton amour et l'eau... La rivière, doucement,

taisait ses rumeurs en passant à nos côtés,

et l'air en son tremblement osait à peine

agiter sur la berge les feuilles de peuplier.

On entendait, doux comme le vol d'un ange

frôlant de ses ailes une étoile endormie,

le choc fugitif, qui veut devenir éternel,

de mes lèvres buvant sur tes lèvres la vie.

La pureté de tes seins mordait ma poitrine

avec la fragrance timide des iris sauvages,

des iris agités par l'innocente brise

quand l'été étire son ardeur sur les collines.

La nuit s'emplissait d'odeurs de coing,

et tandis que ton coeur dormait dans mes mains,

perdu, caressant, ainsi qu'un baiser lointain,

la rivière soupirait...

       Seul ton amour et l'eau...

 

Pablo García Baena (né en 1923 à Cordoue, Espagne), Seul ton amour et l'eau in le recueil Rumor oculto, Rumeur occulte, 1946.

 

 

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La Maine à Bouchemaine, le 9 septembre 2011. Photographie : Patricia Tutoy. (Cliquer sur l'image pour l'agrandir).

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