D.O.P.C. : Direction de l'ordre public et de la circulation.

 

Lors de la manifestation Sortir du colonialisme à Paris, ce samedi 26 février 2011, au-delà des organisations (associations, syndicats, partis politiques de gauche, sauf le Parti socialiste) à l'initiative de l'événement, divers comités de solidarité avec la lutte des peuples tunisien, égyptien, algérien, marocain, yéménite, bahreïnite, libyen, iranien, etc. ont également participé. Depuis son départ, place de la République, la manifestation était scindée en deux cortèges : en tête les organisations puis les comités de solidarité.

La banderole ci-dessous

 

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portée essentiellement par des militants d'Europe Écologie – Les Verts dont Jacques Boutault, maire du deuxième arrondissement de Paris (sixième en partant de la gauche de l'image) fut hissée sur la porte d'entrée de la résidence secondaire du président-dictateur du Gabon, Ali Ben Bongo, au 51, rue de l'Université :

 

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tandis que le cortège de tête de la manifestation terminait sa marche aux Invalides, à quelques centaines de mètres de là. La seconde partie fut stoppée devant le domicile de Bongo : par des flics ? Des gars d'un service d'ordre dont on se demande qui il représentait, certains portant des autocollants du N.P.A., Nouveau parti anticapitaliste ? Les manifestants, stoppés dans l'élan de leur marche, entonnèrent le même slogan, décliné selon l'intéressé-e visé-e : Ali Ben, dégage ! (Gabon), Kadhafi, dégage ! (Libye), Ghannouchi, dégage ! [Tunisie. (Là, c'est fait... Mohammed Ghannouchi a remis sa démission dimanche)], Bouteflika, dégage ! (Algérie), MAM, dégage ! [France. MAM, Michèle Alliot-Marie (C'est fait aussi ! Sarkozy a reçu sa démission ce dimanche 27 février)], Sarkozy, dégage ! (France), etc. La liste est longue. Soudain, je vis arriver un type à l'allure de policier en civil : oreillettes dans les... oreilles, téléphone portable en main, talkie-walkie suspendu à une poche de son pardessus. L'homme s'adressa à l'un de mes concitoyens franco-maghrébins qui, comme d'autres personnes et moi, scandait Sarkozy, dégage ! et rapidement lui dit au creux de l'oreille : « Faut pas dire ça. Tu ne peux pas insulter le président de la République française ». Les deux hommes se trouvaient devant moi, il me fut ainsi aisé d'entendre le propos. Interloquée par l'injonction et la manière sournoise de l'individu, je le questionnai sur qui il était, tandis que mon concitoyen disparaissait dans la foule compacte en cet instant. L'homme confirma son état de flic et rejoignit son équipe à quelques mètres de là. Je me dirigeai vers les poulets et demandai un entretien avec le chef. Accompagnée de quelques citoyens solidaires, je racontai l'incident au chef. Voici in-extenso sa réponse : « Madame, clamer Sarkozy, dégage !  est une insulte à l'encontre du président de la République française. Si vous avez quelque chose à dire, dites-le dans les urnes. Nous sommes dans un État de droit, vous ne pouvez pas insulter le chef de l'État. Et si vous en rajoutez, je vous embarque au commissariat. » J'en ai rajouté tout de même cinq couches à travers un constat sémantique et quatre questions :
1)
Sarkozy, dégage ! n'est pas une insulte ; à l'inverse, le Casse-toi pôv' con, proféré par Nicolas Sarkozy au Salon de l'agriculture 2008 à une personne qui refusait de lui serrer la main, est une insulte. Le pôv' con caractérise l'insulte.
2) Qu'est-ce qu'un État de droit ?
3) Pour quelle raison m'emmèneriez-vous au commissariat ?
4) Si le peuple français mène sa révolution, serez-vous à ses côtés ou tirerez-vous dans le tas ?
5) Et si je portais cette affaire devant l'I.G.S., l'Inspection générale des services ?
 

 

1) Le poulet n'a rien rétorqué.
2) Réponse :
y a des lois dans ce pays, on doit les respecter, tout le monde doit les respecter, vous compris ! Compris ?
3) Réponse :
parce que vous avez dit Sarkozy, dégage ! (J'ai rappelé à mon interlocuteur le constat sémantique). Flou artistique côté flic...
4) Pas de réponse.
5) Silence total et intense réflexion du chef qui s'en est allé rapidement avec sa basse-cour.

 

J'ai terminé la manifestation aux Invalides en compagnie de Claudia. Je la remercie chaleureusement de sa présence ainsi que celle d'autres manifestants. Même s'ils n'intervinrent pas verbalement, leur présence permit d'éviter des débordements policiers.

 

Conclusion : en manifestation, que le cortège reste groupé ! Message à l'attention des associations, des syndicats et des partis politiques.

 

Patricia, le 28 février 2011.

 

 

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Photographies : Patricia Tutoy.


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