Ou Chronique d'un traquenard annoncé. Des agents de la D.O.P.* dopent les statistiques des arrestations et abusent de leur pouvoir.

Paris, Jussieu, 4 novembre 2010, 14h30 : appel à manifestation pour le retrait de la contre-réforme des retraites.15h : départ du cortège composé d'environ 300 personnes (étudiants, lycéens, enseignants et citoyens solidaires).

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D.O.P., direction de l'ordre public, dont l'intitulé complet est « direction de l'ordre public et de la circulation » (D.O.P.C.). Cette entité dépend de la préfecture de police de Paris. Cette direction, comme son intitulé le précise, a pour objectif d'organiser l'ordre public et la circulation dans la capitale. Ce jeudi 4 novembre, son objectif fut plutôt d'organiser le désordre public pour mieux réprimer les manifestants. En effet, le parcours de la manifestation ne fut pas, selon mon enquête auprès des organisateurs, déposé à la préfecture de police. Quand nous quittâmes Jussieu, l'UNEF et son camion-sono restèrent sur la place. Cela éveilla quelques soupçons. J'accompagnai le cortège avec les trop rares enseignants présents. Des agents de la D.O.P. ouvrirent le chemin au cortège et leur présence justifia la légitimité de la manifestation. Malgré cela, nous fûmes quelques-uns à rester vigilants tout au long du parcours : Jussieu, rue des Ecoles, rue de la Sorbonne, rue Victor Cousin, rue Soufflot, boulevard Saint-Michel, boulevard Saint-Germain vers le Pont-Neuf et sa traversée, rue du Pont-Neuf, rue de Rivoli, rue du Renard, rue Beaubourg, rue de Turbigo. La déambulation fut difficile parce que la circulation de véhicules en tous genres, notamment sur les boulevards Saint-Michel et Saint-Germain, les rues de Rivoli, du Renard, de Beaubourg, ne fut pas interrompue pour le passage de la manifestation. Les mots d'ordre des manifestants furent : « Ne pas répondre aux insultes de conducteurs de véhicules en tous genres (camions de livraison, automobiles, scooters, motos, vélos, etc. Ne pas provoquer. Avancer sans aucune confrontation ». Mots d'ordre bien actés par la totalité des membres du cortège.

Rue Beaubourg, à quelques dizaines de mètres de la rue de Turbigo : une cinquantaine de gendarmes mobiles arriva en masse compacte, et rapidement, par l'arrière du cortège où je me situais. Il était 16h40. Après deux photographies rapidement réalisées avant d'être poursuivie par le chef de la masse prêt à « me ramasser », je regardai vers l'avant du cortège : une dizaine de fourgons de CRS était stationnée et leur contenu bloquait la rue de Turbigo vers la rue du Temple. Rien ne se passa. Les gendarmes mobiles stoppèrent leur marche, les CRS ne se mouvaient pas. J'en profitai pour discuter avec un commerçant me demandant ce qu'il se passait. Trois minutes à peine s'écoulèrent et nous vîmes le cortège se scinder en deux au pas de course tandis qu'une bande de flics en civil accompagnant le cortège depuis son départ, brassards orange fluo autour du bras enfilés en vitesse, fondit sur une cinquantaine d'étudiants et de lycéens. Quelques flics frappèrent (violemment ou pas, je ne suis pas en mesure de le confirmer) quelques personnes, avec des matraques téléscopiques. Des gendarmes mobiles « collèrent » les manifestants le long d'un mur de salon de coiffure qui fut le lieu de naissance en 1907 de Pierre Mendès France...

Un premier contrôle d'identité se déroula sur place. Aucun des manifestants ne fut relâché. Deux « bétaillères » (cars de ramassage de manifestants pour embarquement au poste de police le plus proche, en principe) stationnèrent devant le salon de coiffure. Chaque manifestant arrêté fut conduit dans le car escorté par quatre flics en civil "brassardés" ! Des étudiants non arrêtés demandèrent à chacun de leurs camarades de décliner prénom et nom avant de monter dans le car. Des parents arrivèrent, ne purent agir mais purent discuter avec nous et comprendre que les jeunes manifestaient tranquillement et s'étaient fait piéger par les forces de l'ordre. Je maintiens que l'équipe de la D.O.P.C. n'a pas fait son travail de maintien de l'ordre public et a légitimé, dès le départ, une manifestation
dite sauvage (non déclarée) pour mieux intervenir, réprimer, arrêter et intimider des jeunes. Les deux "bétaillères" quittèrent la rue de Turbigo vers 18h35.

D'autres témoignages sont en ligne ici.

 

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Paris, Jussieu, le 4 novembre 2010. A gauche de l'image une caméra. Des journalistes, caméra au poing, de France 2, TF1, AFP et M6 accompagnèrent le cortège jusqu'à la rue de Turbigo. On ne verra jamais ces images puisque ce sont les forces de l'ordre qui ont semé la zizanie, pas les manifestants. Je converse avec des étudiants avec qui je suis allée au centre de traitement des déchets de la porte d'Ivry, deux jours plus tôt.

Photographie
: Jean-Claude Saget.

 

Sur le diaporama suivant, des images du cortège, de Jussieu à la rue de Turbigo, et des événements qui s'ensuivirent :

 

 

 

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