Le cantique de l'apocalypse joyeuse tient compagnie pendant les déplacements en transports collectifs et même sur le quai de la gare quand le train attend patiemment son conducteur ou son contrôleur, ou quand c'est un incident technique qui paralyse le départ, du type : " Le train est retenu à quai. En raison du froid, les portes ne se ferment pas. Les voyageurs sont priés de descendre et d'attendre le prochain train qui sera mis à quai incessamment-sous-peu-ça-va-pas-tarder-commencez-pas-à-gueuler-on-fait-c'qu'on-peut-merde !". Réponse des voyageurs : "Faites chier. Un jour ça va péter !".


Le cantique de l'apocalypse joyeuse, donc. Très utile pour plusieurs raisons par les temps qui courent :

On n'est pas obligé de savoir chanter ;

On n'est pas obligé de chanter ;

On peut rester athée tout en construisant une église sylvestre selon les volontés du grand brûleur d'églises Asser Toropainen exprimées dans son testament, en l'année 1992 ;

On n'emmerde pas ceux qui ont des convictions religieuses et réciproquement ;

On apprend à pêcher des poissons dans des lacs et à chasser des gros bestiaux dans des forêts de ce coin de terre finnois, en toutes saisons, en respectant le cycle de la nature et la reproduction des animaux. On apprend à saler et conserver les produits de la pêche et de la chasse ;

On devient expert en plantation de patates et autres herbes aromatiques pour parfumer l'eau-de-vie qu'on distille soi-même. On apprend à cueillir les baies et les champignons comestibles grâce aux écolos qui ne sont pas écolos pour paraître ;

On sait même, après phase d'apprentissage musclée, labourer, semer et moissonner des champs avec des boeufs et des charrues. Monsanto et ses pesticides tueurs n'existent pas dans cette contrée oubliée de tous, ou presque ;

On se méfie (grâce à l'expérience acquise) de ceux qui viennent traîner leurs guêtres pour le compte de l'Etat finlandais (et pour leur propre compte) : soit des inspecteurs des impôts, huissiers et autres commissaires de police zélés ne percevant plus leurs salaires de fonctionnaires depuis l'effondrement de l'économie mondiale et donc affamés ;

On sait produire sa bière de ménage selon la recette de la chef du personnel du nettoyage ferroviaire Taina Korolainen qui deviendra l'ex-chef du personnel du nettoyage ferroviaire ;

On sait édifier une église sylvestre, un chalet en rondins, une étable, un presbytère, un cimetière, une réserve pour les aliments ou une cave pour l'eau-de-vie et la bière de ménage ;

On ne participe pas à l'armée des francs-tireurs à skis ou à cheval qui protège Ukonjärvi et ses habitants du reste du monde qui a basculé dans la Troisième Guerre mondiale, en ce mois de juin 2015, mais on les nourrit et on les abreuve. Toutefois, on accepte le rôle d'estafette indépendante ;

On n'hésite surtout pas à accueillir, aux côtés d'Eemeli Toropainen, président de la Fondation funéraire exigée par son grand-père Asser, tous ceux qui veulent vivre à Ukonjärvi et aux alentours. On donne à manger à tous ceux qui ont faim et de passage dans le coin ;

On devient forgeron en forgeant et surtout en suivant les conseils de Yossif Nabulah le chef forgeron somalien de la commune non recensée par l'Etat finlandais ;

On suit tous les conseils des écolos de Verte-Colline qui, malgré tout, se jettent sur le poisson et la viande, car les légumes, les herbes et les baies c'est bon mais ça ne nourrit pas un homme, ni même une femme, d'ailleurs. Ecolo ne signifie pas forcément végétarien ou végétalien ;

On porte considération et respect, même si on est toujours athée à la fin du cantique qu'on n'entonne pas, à la pasteure doyenne aux armées Tuirevi Hillikainen pour ses qualités d'oratrice en chaire et d'enseignante auprès des enfants de la commune d'Ukonjärvi, au-delà de ses qualités physiques lors des expéditions de pêche et de chasse ;

On admire la comète posée là dans le ciel sans désemparer. On s'interroge sur les desseins de sa présence. Le matin du 24 novembre 2023, elle s'exprime ;

On remercie vivement et chaleureusement, une nouvelle fois mais par écrit cette fois-ci, Arto Paasilinna pour ses talents d'écrivain et ses capacités de bûcheron et d'ouvrier agricole ; ça aide les liseurs écolos, athées, humanistes et anticapitalistes qui rêvent de bazarder le capital, la finance, la bourse et la société de consommation dans la fosse à bouse des boeufs d'Ukonjärvi ;

On conseille la lecture du livre Le cantique de l'apocalypse joyeuse ;

On prie (même si on est athée) ceux qui pensent seulement au pognon, dans leur vie, de s'attarder sur les sorts de l'inspecteur des impôts, des Russes et leur négoce à la frontière finno-russe et de la grande prêtresse du savoir-vivre Soile-Helinä Tussurainen.

Patricia Tutoy, le 17 janvier 2010.

 

 

Fanny Churberg Finnish Landscape in summer 1897
Fanny Churberg,
Finnish Landscape in summer, 1897.

 

Fanny Churberg
Fanny Churberg
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Kevätmaisema, Paysage printanier, 1876.

 

Le cantique de l'apocalypse joyeuse
Arto Paasilinna
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