Le dimanche, un poème et une image.

 

Un poème de Corrado Govoni et une image de Marceliano Santa María y Sedano.



Le printemps de la mer.


La mer aussi a son printemps :
Des hirondelles à l'aube, des lucioles le soir.
Elle a ses merveilleuses prairies
Semées de roses et de violettes ;
Quelqu'un, invisible, est en train de les faucher ;

Et entasse le foin là-bas,

En des paquets de frais nuages.
Les courants s'égarent

Comme des routes pâles

Au milieu des haies que dressent les vents ;
La pluie semble en dégager

Une sorte d'odeur amère,

D'aubépine en fleur.
Pour sûr, dans la vallée la plus éloignée

Un berger tond inlassablement

Son troupeau infini de vagues,
Si abondante est la laine

Qui vient mousser sur le rivage.

La mer a ses nuances vertes et lilas, comme l'arc-en-ciel
Etincelant souple rafraîchissant ;

Elle s'accorde au ciel

Profond aéré concave réfléchissant,
Comme le cristal s'accorde à la fleur,
Tout abandon et mélancolies subites,

Comme le premier amour.

Si fraîche et si bleue,

Comme si sa limpidité

Laissait transparaître

Ses silencieuses forêts

Sous-marines

Qu'enlacent des algues sinueuses ;

Comme du lierre sans feuille ;

Traversées par les glissements froids

Des poissons de faïence et d'argent,

Ailés comme des oiseaux muets,

Au milieu des coraux immobiles :

Comme des pêchers toujours en fleur.

Les coquillages sont les hirondelles, immobiles,

Et les lucioles, énormes, sont les seiches mortes,

Lanternes sourdes

Des scaphandriers noyés,

Phares des naufragés en détresse.

Une barque, avec son immense voile,

Ressemble à un gueux :

Arrêté à un carrefour il attend

Sous son parapluie que l'orage passe.

Corrado Govoni (1884-1965).

 

Quelques lignes en français sur le poète ici et .

 

Marceliano-Santa-Maria-y-Sedano---Burgos--1866---1952--.jpg
Marceliano Santa María y Sedano (Espagne, Burgos, 1866-1952).

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