Il avait préparé son matériel de peinture et posé une grande toile noire sur un chevalet tournant. Il avait revêtu une blouse, blanche à l'origine, aujourd'hui parsemée de touches de couleurs. Il portait également une casquette, probablement pour protéger ses cheveux de la pluie de peinture à venir. Je l'ai aperçu quatre heures avant la réalisation de son tableau. Il s'était installé près de la piazza Beaubourg dans la rue Saint-Merri. Pendant qu'il discutait avec un gars, il mettait en scène l'oeuvre qu'il allait créer. Il allait et venait, s'attardait auprès de son interlocuteur, vissait sa toile sur le chevalet, essuyait ses lunettes, triait ses pinceaux, ouvrait les pots de peinture. Il m'a profondément ému. Je l'ai regardé longtemps laissant l'appareil photo dans sa sacoche. C'était son moment d'intimité avec l'environnement et avec les passants dans leur rôle de public potentiel. C'était un moment à ne pas immortaliser, un moment pour lui, un moment pour les passants, un moment pour moi.
Je suis allée travailler. A mon second passage, quatre heures plus tard, il donnait le dernier coup de pinceau à son oeuvre. J'ai attendu. Peu de temps.
Il avait peint à l'envers. Il a tourné la toile de bas en haut pour nous donner à voir son travail de l'après-midi : le visage de Barack Obama. J'avais envie de prendre le large sans réaliser d'images. Une semaine avant de recevoir son prix Nobel de la paix, Obama a décidé l'envoi de troupes américaines supplémentaires en Afghanistan : pas moins de 30.000 hommes, lit-on dans la presse. Là, j'avais tiqué. Il ne manquerait plus que cette initiative américaine donne des idées à Sarko.
J'ai laissé de côté mes états d'âme sur la guerre en Afghanistan. J'avais envie de rendre hommage au travail du peintre et à son oeuvre produite et à admirer dans un froid à ne pas rester plus de cinq minutes dehors. Les eaux de la fontaine proche en sont le témoin. Ce jour-là, le coeur de Paris était gelé. Comme est gelé par quatre semaines de grève, depuis le 23 novembre, le centre culturel Georges Pompidou à cause de la RGPP, révision générale des politiques publiques, que Sarko et le gouvernement Fillon s'acharnent à mettre en place depuis plus de deux ans dans l'ensemble des secteurs publics français. Dans peu de temps, il faudra payer très cher pour se cultiver. L'accès aux diverses expositions ou monuments publics parisiens, entre autres, coûte déjà une fortune. Même le château de Pierrefonds dans l'Oise est devenu une machine à fric... à suivre dans un prochain article.

Je n'ai pas pensé à demander son nom au peintre. Nos chemins se croiseront de nouveau. Par hasard. Comme ce jour-là.


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Les eaux gelées de la fontaine proche du centre culturel Georges Pompidou, à deux pas du peintre de Barack Obama.

Paris, le 15 décembre 2009.

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