Le dimanche, un poème et une image.

 

Un poème de Giovanni Pascoli et une photographie de Patricia Tutoy.

 

Le jasmin de la nuit.



Alors s'ouvrent les fleurs de la nuit,

À l'heure où je songe aux êtres chers.

  L'on voit voler près des viornes 1

  Les papillons crépusculaires.

 

Enfin les voix criardes se sont tues :

Là-bas seulette une maison chuchote.

  Sous des ailes dorment les nids,

  Comme les yeux sous des paupières.

 

De tous les calices ouverts s'exhale

Un arôme de fraises empourprées.

  Dans la salle brille une lampe.

  L'herbe croît au-dessus des fosses.

 

Voici qu'une abeille attardée bourdonne,

Trouvant son alvéole déjà prise.

  Mère Poule2 par l'aire bleue

  Court dans un pépiement d'étoiles.

 

Tout le temps que dure la nuit s'exhale

Cet arôme qui monte au gré du vent.

  Dans l'escalier monte la lampe,

  Brille à l'étage : elle s'éteint...

 

C'est l'aube : les pétales se referment,

Un peu fripés : cependant que s'apprête,

  Dans le secret de l'urne3 humide,

  Je ne sais quel grand bonheur neuf.


Giovanni Pascoli (San Mauro di Romagna, 1855 – Bologne, 1912), Le jasmin de la nuit, Il gelsomino notturno in Poesie, tome I.


1Il n'est pas précisé la variété de viorne ici. Peut-être s'agit-il de la caprifoliacée à fleurs blanches avec des baies rouges en bouquets, ou la clématite-viorne, celle des haies, dite clématite des pauvres.

 

2« Mère Poule », la Chioccetta, nom donné aux Pléiades par les gens de la campagne.


3Allusion à la fécondation de la fleur suggérant quelque naissance attendue.


La version originale du poème : Il gelsomino notturno.

 

Temps d'orage, Temporale, un autre poème de Giovanni Pascoli, ici.


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Crépy-en-Valois, dans le jardin, coccinelle en balade sur feuille de petites pervenches, le 11 février 2011 à 16h16.

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