Le dimanche, un poème et une image.


Un poème de Mario Luzi et une image d'Eugène Laermans.

 


Le camp des réfugiés.


La femme monte lentement et amène

Des haillons flottants dans l'air suspect

Entre deux poteaux. Le chien jappe,

Donne un corps aux ombres.


Signes avant-coureurs de tempête

Sur ce dédale de terre-pleins et de fossés ;

Ces hommes sont des hordes arrêtées,

Marchandises retenues à la douane, accueillis

Sous des tentes ou dans des masures, à demeure

Ou de passage – une vision, jusqu'à la nuit,

De migrations immobiles, sans

Paix, que le juste, choisi pour expier,

Debout près du montant, contemple

Entre deux averses, deux chutes de neige.


Le vent emporte un bruit sourd d'eaux.

Que fais-tu, que fais-tu ? Tu te perds dans cette énigme.

L'homme qui découvre le lieu hésite, doutant

Sur le chemin à prendre, l'autre, qui pêche

Des anguilles ou extrait du sable, va son chemin,

Troue avec décision cette couche humide

Tombée sur le fleuve, ses éclairs et ses foudres.


Mario Luzi (Florence, 1914-2005).



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Eugène Laermans (1864-1940), Les intrus, 1903.

 

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