Federico Spano, journaliste à La Nuova Sardegna, a rédigé un article sur la période sarde du peintre Felice Casorati dont furent présentées quelques oeuvres ici. Le texte qui suit est une traduction de l'article de Federico Spano.

 

La période sarde de Casorati.

 

Un portrait du XIXe siècle du sassarese1 Gavino Soro Pirino ramène aux premières années d'activité du peintre piémontais.

 

Un album de souvenirs de la fin du XIXe siècle, le portrait d'un avocat sassarese, ami de Mazzini, et la photo d'un enfant habillé en petit marin dans la campagne de Sassari. Trois indices, trois fils qui se sont entrelacés et puis dispersés dans le passé de l'un des plus grands peintres italiens du XIXe siècle : Felice Casorati. Ce fut Mario Matteo Tola, organisateur de l'exposition sur les portraits du XIXe siècle à la Frumentaria qui recomposa cette trame, en reconstituant les années d'enfance de l'artiste passées à Sassari avec sa famille. La donnée la plus surprenante, inconnue jusqu'à hier, est que la carrière du peintre piémontais a vraiment débuté à Sassari, au troisième étage d'un immeuble de la petite place Rosario. Des biographies officielles il ressort que Casorati avait commencé de peindre après ses quinze ans. Il faut revenir en arrière d'au moins trois années pour arriver au véritable début artistique du peintre piémontais. Sa première peinture connue, et jamais publiée jusqu'à ce jour, est le portrait du propriétaire de l'immeuble : l'avocat Gavino Soro Pirino. Chef des partisans de Mazzini à Sassari et en Sardaigne, maire de la ville en 1878, élu député en 1880, il ne mit jamais un pied au Parlement pour ne pas trahir son âme républicaine. Aujourd'hui la toile est conservée à Milan par ses héritiers. Pour comprendre de quelle manière la famille Casorati arrive en ville, il est nécessaire de revenir en arrière. « Suite au transfert à Sassari du père Francesco, officier en service permanent effectif de l'administration, les Casorati vinrent habiter au troisième étage de l'immeuble de l'avocat Soro Pirino , explique Mario Matteo Tola. La famille Casorati était alors composée du père Francesco, de la mère Carolina, d'Elvira et du petit Felice. On n'a pas encore trouvé d'informations sur l'année de cette installation, mais vraisemblablement ce fut aux environs de 1890 ».
Le second fil de la trame tissée par Mario Matteo Tola est aussi le premier témoignage de la présence des Casorati à Sassari : un album de souvenirs conservé par les héritiers Soro Pirino. L'album de velours rouge fut donné à la famille Soro par Francesco Casorati, artiste dilettante, comprenant une dédicace inscrite au centre d'un cabochon de cuivre. A l'intérieur, le premier écrit est une méditation sur l'amitié et est daté « Sassari 22 mai 1893 ». 1895 fut l'année où les Casorati quittèrent Sassari. Une lettre du 24 juin 1895, emplie de nostalgie pour l'imminent éloignement de la Sardaigne, est rédigée par Elvira Casorati et un écrit du 2 juillet 1895 annonçant le départ par Carolina Casorati est adressé à diverses personnes de la famille Soro. Avant de quitter Sassari, Felice Casorati réalisa à la peinture à l'huile le portrait de l'avocat Gavino Soro Pirino, voisin d'en face et grand-père de ses compagnes de jeux. D'autres témoignages, sans datation précise, de la présence de Felice Casorati à Sassari sont des photographies qui le représentent enfant, habituellement vêtu en petit marin, soit en compagnie de la toute la famille Soro, à l'occasion de promenades dans la campagne autour de la ville, soit avec les petits-enfants de Soro Pirino.
« Le 25 mai 1959, ajoute l'historien Tola, Felice Casorati en compagnie de son épouse Daphne Maugham, nièce de l'écrivain William Somerset Maugham, revient à Sassari pour retrouver une de ses amies d'enfance. A cette occasion, il signe le portrait de l'avocat Soro Pirino : « Felice Casorati, à l'âge de 13 ans ». La peinture, même si elle est réalisée de manière académique liée aux styles particuliers du XIXe siècle, montre une habileté résolue et spontanée et une grande maîtrise technique. En outre, puisque les Casorati quittèrent Sassari en 1895, il apparaît extraordinaire que la peinture fut réalisée par un petit garçon de moins de douze ans si l'on considère que l'indication de treize ans fut donnée de mémoire par l'artiste soixante-quatre ans plus tard ». Soit par les photographies de l'époque soit par le portrait exposé à la Biennale de Venise en 1907, on comprend qu'Elvira Casorati était décidément plus âgée que son frère. En ville, Elvira avait noué des amitiés sincères et durables, aussi bien avec la famille Soro qu'avec celle de Giuseppe Tedde, grossiste en peaux, dont l'activité se déroulait dans le même petit immeuble de la place Rosario.
« Angelica Piga, née en 1874, petite-fille de Gavina Piga l'épouse de Tedde, était probablement une contemporaine d'Elvira Casorati
, conclut l'organisateur de l'exposition sur les portraits du XIXe siècle. Une lettre aujourd'hui égarée fut expédiée à Angelica Piga accompagnée du petit portrait de Gavino Soro Pirino, réalisé en 1904 par Felice Casorati. Sur le tableau, les tendances Liberty de sa période de jeunesse sont évidentes ainsi que l'une de ses principales caractéristiques qui perdureront : la stylisation linéaire du visage féminin avec une coupe représentative du bas vers le haut ».

 

Federico Spano, La Nuova Sardegna, 10 octobre 2008. Traduit de l'italien par Patricia Tutoy, le 5 mai 2010.

 

1 Sassarese : habitant de Sassari (Note de la traductrice).

 

Felice Casorati dipinto Soro Pirino 

Felice Casorati (Novara 1886 – Turin 1963), Portrait de l'avocat Gavino Soro Pirino, 1904.

 

Foto Felice Casorati bambino

Felice Casorati enfant.

 

Pezzo Felice Casorati

Il periodo sardo di Casorati, texte original de Federico Spano, disponible sur le site de

La Nuova Sardegna.

 

A suivre.


Retour à l'accueil