Le square Saint-Jacques où domine la tour Saint-Jacques à Paris abrite un portrait de Gérard de Nerval et les deux premières strophes de son poème El Desdichado. Souvent j'ai traversé le square, en sortant du métro place du Châtelet, pour me rendre à Beaubourg. Jamais je n'ai aperçu cet hommage à l'écrivain. Sauf ce jour-là. Un jour comme un autre ou peut-être pas. Avant de quitter mon domicile, j'avais glissé dans le sac un exemplaire de Les Filles du feu (1854) pour relire l'une des trois nouvelles : Sylvie. Pas de hasard dans tout cela, juste un rendez-vous, comme l'écrivit Paul Eluard. Gérard de Nerval a vécu puis passé tous ses étés à Mortefontaine à onze kilomètres d'Ermenonville et trente-trois kilomètres de Crépy-en-Valois dans l'Oise, mon coin de Terre natal. En passant par ce square, j'espérais cueillir quelque fleur ou feuille d'arbre pour Flore en Valois. J'ai cueilli cela :

 

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Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d'Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Etoile est morte, - et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s'allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

Gérard de Nerval (1808-1855), El Desdichado  inLes Chimères (1854).

 

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Paris, square Saint-Jacques, le 15 juin 2010. Photographies : Patricia Tutoy.


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