Tout au long de sa vie de peintre, Virgilio Guidi a expérimenté les théories sur la lumière et l'espace, étudiées à partir des oeuvres de prédécesseurs illustres : Correggio, Giotto et Piero della Francesca. A partir de 1912, il tente de mettre par écrit ses émotions sur l'art. Son constant et rigoureux comportement à n'être conditionné par quiconque lui fait écrire :« Je regarde tout, j'observe tout, je ne me sers de personne ».

De 1927 à 1935, Virgilio Guidi occupe la chaire de peinture de l'Académie des Beaux-Arts de Venise, succédant ainsi à
Ettore Tito. En 1930, il occupe avec ses élèves la Villa Pisani de Stra pour donner vie à une libre école de peinture d'avant-garde et à un centre de culture européenne en opposition au rétrograde milieu artistique vénitien ; l'occupation dure seulement quelques jours, parce que le groupe est éloigné autoritairement de la Villa.

Venise avec Rome devient sa ville : deux modes de vie et d'être artiste. Venise est surtout la ville de la lumière, celle intime et celle spirituelle. Virgilio Guidi écrit :

 

O vasti cieli chiusi nella mente,

o luce, o luce, figlia dei cieli.

Chiara viva castità della luce

figlia dei cieli, ignoti alla morte.

 

Ô vastes ciels clos dans l'esprit,

ô lumière, ô lumière, fille des ciels.

Claire et vive chasteté de la lumière

fille des ciels, inconnus à la mort.

 

« A peine arrivé je me suis dit : ici tout est mouvement ; c'est moi qui peux chercher à stopper la nature mieux que là-bas [Rome], où tout est à l'arrêt »: c'est la découverte de l'idée de la lumière qui illumine les choses et les formes, et tout ramène à l'unité en respectant aussi les particularités :

 

Tu sola inafferrabile forma

sei vera : che segretamente

nell'alveo della materna luce

l'essenza del mondo tutta racchiudi.

 

Toi seule insaisissable forme

tu es vraie : car secrètement

dans le lit de la lumière maternelle

tu renfermes toute l'essence du monde.

 

Les Marine (Marines) sur lesquelles Virgilio Guidi a su donner de Venise l'image spirituellement la plus élevée de notre époque naissent dans l'atelier des Zattere, près du  Tramontin et de l'Osteria Montin, des fenêtres desquelles s'ouvrent en éventail les silhouettes du Molino Stucky, l'île de San Giorgio, le bassin de San Marco, La Giudecca.

En 1933, Virgilio Guidi est à Paris. Il est fasciné par la couleur-lumière de Mondrian ; il reprend ses études de Goethe sur la couleur, il élabore de nouveau sa théorie de l'unité couleur-forme lumière et de ce sentiment cosmique qui inspirera son travail à venir.


En 1935, il quitte Venise pour l'Académie des Beaux-Arts de Bologne, un milieu plus vif et stimulant où se trouvent
Giorgio Morandi et Osvaldo Licini. Virgilio Guidi se lie d'amitié avec Morandi mais aussi avec Carlo Carrà, Pio Semegini et d'autres intellectuels du moment. A Bologne, il peint quelques Ritratti (Portraits) et une série d'Incontri (Rencontres). La même année, il expose trente-six oeuvres à la seconde Quadriennale de Rome dans une salle qui lui est entièrement consacrée et obtient le premier prix avec Gino Severini.

En 1936, il expose quelques-unes de ses
Marine (Marines) vénitiennes et quelques toiles où déjà on lit le signe de son abstraction figurative et qui annoncent ses Figure (Figures) dans l'espace, à la Galerie Il Milione de Milan où exposent aussi Morandi et les abstraits. Cette même année, naît et se consolide l'amitié avec le poète Alfonso Gatto qui mettra en valeur l'oeuvre picturale de Guidi, ainsi que celle de poète, dans une série d'écrits critiques. Entre temps, lors d'un été à Terracina puis dans son atelier, naissent les nouvelles Marine, fluides et transparentes, désormais « purs espaces lumineux » où « le maximum de l'intensité visuelle et poétique est obtenu avec le minimum de signes », avec un schéma tripartite – terre (balustrades), mer (les rives à peine tracées), ciel. Guidi expérimente toujours de nouveaux langages, tendu vers une incessante recherche expressive. Le code verbal l'intéresse aussi. Il est actif également dans le champ de la lithographie et de l'illustration. Il illustre des volumes de Lucrèce, Virgile, Mallarmé et Rimbaud.

Vers 1948 naît sa poétique de la
« lumière spatiale »basée sur la conviction que la lumière est le vrai principe sur lequel se tiennent toutes les choses. Lui-même cite à propos Saint Augustin pour qui, sans lumière, il n'y aurait ni formes ni couleurs. Il obtient de la mairie de Venise le droit de peindre dans la loge du Palazzo Ducale, fermée au public, où prendront vie ses petits Interni (Intérieurs) et ses nouvelles Marine.

Sa silhouette sèche, son visage aux rides profondes, avec un nez proéminent et de petites moustaches, ses mains de sculpteur deviendront familiers aux Vénitiens ; Guidi sort de chez lui à l'aube, achète deux
pandori frais qu'il mange dans son studio situé calle Vallaresso au-dessus du Harry's Bar, au troisième étage, où sa journée s'écoule entre la peinture, l'étude et la conversation constellée d'aphorismes et de citations, qu'il nomme « contreforts » des idées.

 

Extrait d'un texte d'Anna Maria Ruta, traduit de l'italien par Patricia Tutoy, le 20 juillet 2010.

 

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San Giorgio, 1957.

 

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San Giorgio, 1972.

 

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San Giorgio, 1976.

 

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Grande marina spaziale, Grande marine spatiale, 1977.

 

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San Giorgio, 1981.

 

Des portraits de femmes réalisés par l'artiste sont ici.

 

Virgilio Guidi (Rome, 1891 - Venise, 1984).

 

(Article publié une première fois ici avec davantage de toiles de l'artiste).

 

 

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