Ce mercredi 16 mars, la chaîne de télévision franco-allemande Arte a diffusé un documentaire « Le nuage. Tchernobyl et ses conséquences » de Karin Jurschick (Allemagne, 2011, 1h 30mn). Dix minutes environ après le début de la diffusion, on a entendu le commentaire suivant : En France, le nucléaire est une cause nationale (1). Ah bon ? Retour sur quatre dates commentées par Jean-Luc Porquet, dans son article « Brève histoire du silence nucléaire » (Le Canard enchaîné, rubrique Plouf !, édition du 16 mars 2011). Voici quelques éléments issus de l'article de Jean-Luc Porquet et des précisions sur le statut d'hommes politiques, entre autres :

- 5 mars 1974 : trois semaines avant la mort de Georges Pompidou, président de la République française, Pierre Messmer, Premier ministre, annonce à la télévision que la France va se lancer dans le tout-nucléaire. Sans débat et sans vote à l'Assemblée nationale ;
- 31 juillet 1977 : 60.000 écologistes se rassemblent à Creys-Malville à 50 km de Lyon pour stopper le projet Superphénix. Les militants anti-nucléaires s'attendent à un moment de convivialité. Valéry Giscard d'Estaing, président de la République française, Christian Bonnet, ministre de l'Intérieur, et René Jannin, préfet de l'Isère, mobilisent 5.000 CRS et gendarmes mobiles, un régiment de parachutistes, des hélicoptères. Face à l'excitation de quelques manifestants, le préfet fait charger ses troupes qui attaquent à la grenade offensive. Résultat : des dizaines de blessés et un mort, Vital Michalon, 31 ans ;
- 26 avril 1986 : la centrale nucléaire Lénine en Ukraine, près de Tchernobyl, explose. Alain Carignon, ministre délégué auprès du ministre de l'Équipement, du Logement, de l'Aménagement du territoire et des Transports, chargé de l'Environnement, n'a rien d'autre à dire que tout va bien ;
- 24 octobre 2007 : à l'issue du Grenelle de l'environnement, Nicolas Sarkozy et tous les participants vont sauver la planète ! Le nucléaire, on n'en parle même pas.

« En France, le nucléaire est une cause nationale ». Je comprends, par cette phrase, que le nucléaire intéresse l'ensemble de la nation, du moins la concerne voire lui appartient. Nécessaire plongée en apnée dans le dictionnaire de la langue française : la nation ? Ses quatre synonymes : patrie, pays, peuple, territoire.

Considérant que le nucléaire n'a pas fait l'objet d'un débat ni même d'un vote à l'Assemblée nationale, considérant que les présidents de la République française depuis Georges Pompidou jusqu'à Nicolas Sarkozy en passant par Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterand et Jacques Chirac, et l'ensemble de leurs gouvernements, ainsi que les députés et les sénateurs, n'ont jamais consulté le peuple ni même écouté les revendications des anti-nucléaires depuis 1974, une telle assertion « En France, le nucléaire est une cause nationale » ne peut être admise. Allez, Karin Jurschick, modifiez votre documentaire ! Allez, Sarkozy, un référendum auprès du peuple de France : « Êtes-vous pour ou contre l'arrêt du nucléaire en France ? ».

 

Enfin, citons la déclaration de Nicolas Sarkozy, ce mercredi 16 mars, en conseil des ministres : « La France a fait le choix de l'énergie nucléaire, qui constitue un élément essentiel de son indépendance énergétique et de la lutte contre les gaz à effet de serre. » La France ? Qui, précisément ? Les présidents de la République, les gouvernements et l'industrie nucléaire ?

 

Et le peuple, alors ?

 

(1) La phrase se situe dans le contexte suivant : de la onzième minute et 20 secondes à la treizième minute et 55 secondes (à quelques secondes près), je cite : "... Pourtant le nuage se déplace, notamment vers la France..." ; puis le documentaire présente une analyse de la situation par Météo-France et une interview de Michèle Rivasi, professeure de biologie, qui a créé en 1986 la CRIIRAD, Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité, avec d'autres scientifiques indépendants. Poursuite du commentaire dans le documentaire : "La France a investi massivement dans le développement du nucléaire. 65% des besoins énergétiques de l'Hexagone sont couverts par les centrales nucléaires. De plus, la France est une puissance nucléaire. Le nucléaire est une cause nationale." Fin de la partie consacrée à la France. Puis partie consacrée à l'Allemagne. Le documentaire Le nuage. Tchernobyl et ses conséquences est disponible sur le site d'Arte (pendant 7 jours). [Ajout du 17 mars, 21h57. Lire également les commentaires].

 

Lire Le triptyque du néant à Golfech.


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