Après la publication de treize articles sur une partie des oeuvres d'Edina Altara et deux articles consacrés à ses soeurs Lavinia et Iride, je vous propose aujourd'hui une chronologie des événements artistiques qui ont ponctué la vie de ces trois Italiennes de génie.

Cette chronologie n'annonce pas la fin de la découverte des oeuvres d'Edina Altara. Le présent blog, dédié à toutes les personnes rencontrées dans les situations de la vie et qui la rendent belle, a rendu hommage à l'artiste italienne pour la faire connaître en France et dans les pays francophones. Les modalités de mise en ligne des articles changent. D'ici peu, naîtra en langue française un blog dédié à Edina Altara. Federico Spano et moi en avons décidé ainsi, pour assurer une meilleure visibilité des oeuvres de l'artiste.

Comme je l'annonçais le 9 septembre lors de la publication du premier article, une bibliographie sera proposée au visiteur. Elle sera publiée ici ce lundi 2 novembre.





Les soeurs Lavinia (1896), Edina (1898) et Iride (1899) Altara naissent à Sassari, en Sardaigne, de Eugenio, oculiste, et de Gavina Campus. Le couple a déjà une fille, Aurore, qui sera l'unique enfant à ne pratiquer aucune forme d'art. Aucune des soeurs ne suit une formation artistique, ni ne poursuit des études autre que le cursus normal. Depuis leur enfance, les soeurs Altara manipulent avec désinvolture crayons et couleurs et se divertissent avec du papier découpé.

1914
C'est probablement à cette époque qu'Edina Altara commence à réaliser ses premiers collages.

1915
Giuseppe Biasi est chargé de mettre en place, avec le sculpteur Francesco Ciusa, l'organisation d'une salle sarde à l'exposition romaine, et projette d'y inclure les travaux d'Edina. Le projet ne verra pas le jour à cause de la guerre.

1916
En septembre, Edina participe à l'Exposition de la Mobilisation Civile à Sassari, avec des collages en papier, toile et fil. En novembre, elle est présente à Milan à l'Exposition de collection du jouet italien, où elle obtient la médaille d'argent grâce à ses jouets en carton coloré. Le critique Raffaello Giolli, directeur de la revue milanaise Pagine d'Arte, commence à s'intéresser à son travail.

1917
En mars, Edina expose ses jouets à l'Exposition du Lyceum à Milan. Toujours à Milan, elle participe avec Primo Sinòpico, Melkiorre Melis et d'autres artistes, à l'Exposition Sarde organisée par Biasi dans la Galerie centrale d'art du Palais Cova, en mai. Son travail est remarqué par des critiques comme Margherita Sarfatti, Vittorio Pica (qui consacre un long article à Edina, Biasi et Sinòpico sur Emporium) et Ugo Ojetti.

 

Elle participe à la XIXe Exposition de la Société des Amis de l'Art de Turin où le collage Nella terra degli intrepidi sardi, "Gesus salvadelu" (1916)  est acquis par le roi Victor-Emmanuel III. Le sculpteur Leonardo Bistolfi et l'historien d'art Corrado Ricci, alors directeur général pour les Antiquités et les Beaux-Arts, écrivent à la jeune artiste des lettres d'éloges.

1918
Lavinia Altara épouse le dermatologue Saverio Granata et s'installe à Cagliari. Naîtront quatre enfants : Maria Adelaide (qui meurt à un an passé), Mario (1922-1960), Gavina (1924) et Benedetto (1934).

1919
Edina est présente à l'Exposition d'art décoratif et à l'Exposition féminine du Lyceum à Milan. Elle commence à se consacrer à l'illustration, en collaborant avec Rivista Sarda et In penombra.

1920
Edina collabore avec Il giornalino della Domenica et réalise des dessins (traduits en xylographie pour la presse) pour les numéros uniques de l'Association universitaire de Sassari.

1921
Edina participe avec succès à l'Exposition d'art du cercle universitaire catholique de Cagliari. C'est probablement à cette période qu'Eugenio Altara quitte sa femme pour s'installer à Casale Monferrato où résident quelques membres de sa famille. Edina est la seule fille à le suivre.

1922
Edina collabore avec Cuor d’Oro et La donna. Elle participe à l'Exposition sardo-piémontaise d'Alessandria. Elle épouse l'illustrateur Vittorio Accornero de Testa (dont le nom d'artiste est Max Ninon) qu'elle a connu à Casale Monferrato. La revue Lidel publie dans sa chronique mondaine le carton d'invitation au mariage, dessiné par les deux artistes. Après une période à Casale Monferrato, le couple s'installe à Milan.



Edina Altara, sur une photographie de Vittorio Accornero (1922).


1923
Seule ou – le plus souvent – en couple avec Ninon, Edina collabore avec des revues diverses, parmi lesquelles Il Giornale del Balilla, Noi e il mondo, Lidel. D'autres collaborations viendront s'ajouter : Fantasie d’Italia, Scena illustrata, Per voi signora.

 

Avec Ninon, elle illustrera aussi une trentaine de volumes, la plupart édités par Paravia. Elle travaille également dans la publicité, dessinant de petits calendriers pour des entreprises cosmétiques comme Viset et plus tard Giviemme.

Iride Altara épouse l'avocat de Sassari Francesco Nonis, propriétaire terrien.

1924
Les dessins d'Edina figurent à l'Exposition des illustrateurs du Giornalino della Domenica organisée par Giuseppe Fanciulli à la Boutique de la Poésie à Milan.


1929
Edina participe avec quelques collages à l'Exposition d'art du printemps sarde à Cagliari.
 

1931
Edina présente des oeuvres à la seconde Exposition syndicale sarde de Cagliari.


1935-39
Edina se sépare de son époux Vittorio Accornero. Peu de temps après, elle ouvre un atelier de mode dans son appartement de Milan, employant trois ou quatre couturières et attirant une clientèle raffinée.

Elle se consacre à la céramique, réalisant des dessins au thème folklorique sarde pour des assiettes et des carreaux produits par le magasin Margelli de Sassari avec le concours de l'entreprise de céramiques Minardi de Faenza.

1940-44
Edina ferme son atelier à cause de la guerre. La relation avec Margelli étant interrompue, en raison de la rareté de moyens due à la période de guerre, Edina commence à utiliser la technique de la décoration à froid pour les céramiques. Iride et Lavinia collaborent avec elle. Cette production est commercialisée en Sardaigne par l'intermédiaire de la Boutique d'Artisanat de Sassari, dont la propriétaire Maria Serra, amie des soeurs Altara et particulièrement d'Iride, est en relation étroite avec Eugenio Tavolara, sculpteur et designer dont l'oeuvre d'orientation et de réorganisation permettra, dans la période d'après-guerre, la renaissance de l'artisanat sarde. A partir de 1942, Edina collabore à Bellezza, une revue créée par Gio Ponti dont elle est proche et qui la fera participer à divers projets décoratifs.



Edina Altara, illustration pour la revue Grazia, n° 164, 16 décembre 1941, p. 25.



Edina Altara, illustration pour la revue Grazia, n° 215, 10 décembre 1942, p. 18.



Edina Altara, illustration pour la revue Grazia, n° 215, 10 décembre 1942, p. 19.


1946
Le numéro de février de la revue Stile (appartenant à Gio Ponti qui joue à cette époque un rôle important dans la définition des orientations du design et de l'architecture en Italie) publie un article sur Edina, Mi batte il cuore, Mon coeur bat, qui résume son comportement envers l'art et la décoration.



Edina Altara, Calendrier, 1946.


1947
Edina réalise des décorations en trompe-l'oeil pour des tables de Ponti produites par APEM et Radice de Milan. Une petite table figure à l'exposition Le style dans l'aménagement moderne, organisée à Milan dans l'atelier de Fede Cheti, créatrice de tissus d'aménagement qui travaille avec des artistes et des architectes.



Edina Altara, Calendrier, 1948.



Edina Altara, Calendrier, 1949.


1949-1950
Pour Edina, c'est peut-être la période où elle est la plus proche de Gio Ponti. Elle collabore avec Piero Fornasetti à la décoration du magasin Dulciora à Milan, projeté par Gio Ponti. Pour la galerie du transatlantique Conte Biancamano, projetée par Ponti et Nino Zoncada, elle réalise seize panneaux peints sur des verres anciens, avec des personnages aux costumes populaires italiens inspirés par la collection de costumes d'Emma Calderini.
Toujours pour Ponti, elle réalise quelques panneaux en miroirs peints sur le thème de l'amour, destinés à décorer une commode en racine de noyer projeté par lui.

Ses oeuvres figurent au Brooklyn Museum de New York à l'exposition M.U.S.A., collection itinérante (elle voyagera jusqu'en 1953) d'artisanat moderne et d'arts décoratifs italiens, organisée par douze musées américains, le gouvernement italien et la Compagnie nationale d'Artisanat.


Gio Ponti, portrait d'Edina Altara, (années 1950), peinture à l'huile sous verre. Sur ce portrait idéalisé, un hommage de Ponti à l'amie et collaboratrice.


1951
Une commode de Gio Ponti avec des verres peints par Edina Altara figure à la IXe Triennale de Milan. Le meuble sera ensuite publié sur Domus en 1957 comme partie de l'aménagement de la chambre de la fille dans la maison de Ponti. Edina Altara réalise deux portes en miroir peint avec des histoires d'Athéna et de Bacchus et une autre commode pour la maison Lucano à Milan,
aménagée par Ponti.

1952
En mai, Ponti consacre un article à Edina sur la revue Domus : Oeuvres d'art dans la « maison de rêve » et la peintre chantant des histoires.

1953
Pour le transatlantique
Andrea Doria, toujours sous la direction de Ponti, Edina réalise le panneau décoratif du bar.

1955
Pendant un séjour à Milan, chez sa soeur Edina, Lavinia Altara réalise une série de petites sculptures en terre que Ponti publie dans sa revue, sans même en préciser l'auteure. A peu près à la même époque, Iride Altara commence aussi à se consacrer aux arts appliqués.

1956
Lavinia et Iride présentent des oeuvres à la première exposition de l'Artisanat sarde de Sassari. Quelques mois plus tard (en mars 1957), Domus publie de Lavinia l'oeuvre en terre cuite Eden et d'Iride des fleurs en parchemin peint.

 

1958
Iride participe à la IIIe exposition de l'Artisanat sarde de Sassari avec quelques figurines et une tête de lit en palmier nain tressé. Une mention de mérite lui est attribuée.


1960-63
Après la mort de son fils Mario, en 1960, Lavinia commence à réaliser des collages photographiques avec fleurs, oiseaux et minéraux. Des collages réalisés avec des figures peintes par elle-même qui proviennent des scènes et des personnages de Sassari aux débuts du XXe siècle.

1969
Lavinia passe du collage à la peinture à l'huile. Sa première toile, La donna sulla Luna, La femme sur la Lune, lui est suggérée par le premier pas de l'Homme sur la Lune.


1970
Lavinia expose à Cagliari chez Les Amis du Livre.


1971
Lavinia participe au Prix de peinture Ducato di Parma, Duché de Parme.

1973
Lavinia participe à la IIe Exposition internationale d'Art naïf à Cagliari et au IIe Prix Ducato di Parma.


1974

Lavinia est présente dans la collection Les naïfs italiens et l'art populaire à Villa Carlotta de Tramezzo, à la IIe collection d'Art naïf de Zagarolo, à Eté Naïfs de Forte dei Marmi et à une exposition collective à la galerie C&B de Côme. C'est à cette époque qu'Edina quitte Milan et va vivre à Sassari chez Iride.

1975

Mort de Lavinia Altara.


1981

Mort d'Iride Altara. Edina reste avec la fille de sa soeur, Vittoria, et la famille de celle-ci. Donnant des signes de déséquilibre mental, elle est plus tard placée dans une maison de repos de Sassari, l'Institut Paul IV; elle refuse d'y rester et elle est transférée dans des institutions semblables, d'abord à Cagliari, enfin à Lanusei.

1983
Mort d'Edina Altara.


Source : Giuliana Altea, Edina Altara, Editeur Ilisso, collection I maestri dell'arte sarda (Les maîtres de l'art sarde), 2006, 127 pages, uniquement disponible en italien. Cronologia, Chronologie, pp. 121-125. Traduit de l'italien par Patricia Tutoy, le 28 octobre 2009.

A suivre.

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