Le dimanche, un poème et une image.

 

Un poème de Cesare Pavese et une image de Claude Lazar.

 

 

Discipline.

 

C'est à l'aube que le travail commence. Mais un peu avant l'aube,

nous commençons par nous reconnaître en tous ceux

qui passent dans la rue. Chacun se souvient qu'il est seul

et qu'il voudrait dormir, voyant les passants rares :

perdu en rêveries, chacun sait bien pourtant

qu'il ouvrira les yeux à l'aube, pour de bon.

Quand le matin arrive, il nous trouve fixant

stupéfaits le travail qui maintenant commence.

Mais nous ne sommes plus seuls et personne n'a envie de dormir,

nous pensons calmement aux problèmes du jour

au point même de sourire. Quand renaît le soleil

nous sommes tous décidés. Mais parfois une pensée

moins limpide – un rictus – nous surprend tout d'un coup

et nous avons alors le même regard qu'avant le soleil.

La ville limpide assiste aux travaux et aux rictus.

Rien ne peut déranger le matin et tout peut arriver :

il suffit que nous levions la tête du travail

et que nous regardions. Les enfants échappés

qui ne font rien encore se promènent dans la rue

et certains courent même. Les arbres dans les rues

projettent leur ombre et seule manque l'herbe

entre les maisons qui assistent immobiles.

Combien se déshabillent au soleil sur les rives du fleuve ?

La ville nous permet de lever la tête et d'y penser,

elle sait bien qu'ensuite nous la rebaisserons.

 

Cesare Pavese (1908-1950), Travailler fatigue.

 


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Claude Lazar, Le Livre de la Ville, 2009.


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