Le dimanche, un poème et une image.

 

Un poème d'Erri De Luca et une peinture de Patrizia Balzerano.


 

Devant les fontaines les vieux à la file,

les femmes le long du fleuve,

et l'air sifflotait de projectiles et d'éclats,

la fanfare des sièges, mêlée aux sirènes.

Danube, Save, Drina, Neretva, Miljacka, Bosna,

derniers fleuves de guerre du vingtième siècle,

les armées plantaient leurs crocs sur les rives, coupaient les jarrets des ponts,

lumières de la ville, Chaplin, les lumières de ces villes,

étaient toutes éteintes.

D'autres mères à genoux puisent l'eau sur les berges,

après que la Volga a arrêté à Stalingrad la sixième armée de von Paulus

et l'a repoussée et poursuivie jusqu'au dernier pont sur la Sprée,

noyant Berlin.

Des eaux d'Europe reflètent encore des incendies.

La Vistule au dégel éclairée par les flammes du ghetto :

ça ne pouvait suffire au vingtième siècle.

L'eau en Europe coûte à nouveau son équivalent en sang.

 

Erri De Luca (né en 1950 à Naples), Fleuves de guerre in Oeuvre sur l'eau.

 

La version originale du poème : Alle fontane i vecchi allineati.

 

 

Patrizia-Balzerano_Il-vicolo.jpg
Patrizia Balzerano, Il vicolo, La ruelle. (Dans le fond du tableau, le Vésuve à Naples).


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