Le tout petit enfant marchait sur un chemin

sans départ et sans arrivée, et dans la main

il tenait sa vie comme un énorme fardeau

espoirs perdus et massacrés parmi les eaux

 

mortes d'une âme qui dérive et transpire

sous les étourdissantes chaleurs de soleils

noirs et ternis par le désespoir qui empire

au fil des jours qui passent, des nuits qui sommeillent.

 

Assis au bord du chemin sans joie ni ombre

une pluie coule lentement de ses yeux sombres

son pauvre corps ensanglanté par la misère

ne répond plus aux cris sourds et morts de sa chair.

 

Il se laisse porter vers sa tragique fin

par des illusions égarées dans un monde

où depuis sa naissance il creuse sa tombe

où jusqu'à la mort il lutte contre la faim.

 

Crépy-en-Valois, le 30 juillet 1981.

 

 

Ce poème est dédié à tous les petits garçons et toutes les petites filles du Maroc, de la Côte d'Ivoire, du Zimbabwe, de la Zambie et de l'Afrique du Sud que j'ai rencontrés lors de périples professionnels entre 1992 et 2000. Les jours où je faisais les courses sur les marchés de Casablanca, d'Abidjan, de Harare, de Lusaka ou de Pretoria, leurs petites mains tiraient mes jupes et leurs regards hagards et vides m'imploraient de leur donner quelque vivre. J'ai partagé avec eux ce que je pouvais. Ils ont déposé dans mon coeur leurs plus beaux sourires. Pour toujours.



Le poème Destinée africaine fut composé l'année de mes 21 ans, onze années avant mon premier voyage sur le continent africain.

 

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