Après la manifestation de soutien aux habitants de la bande de Gaza, je suis allée faire un tour à la fête du livre et des cultures italiennes à l'espace d'animation des Blancs-Manteaux dans le 4e arrondissement de Paris.

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(Cliquer sur l'image pour l'agrandir et/ou la télécharger).

Je ne suis pas une passionnée des fêtes du livre. On y trouve des tables surchargées de livres, en général les auteurs les plus récents, rarement ceux plus anciens. J'ai cherché quelques recueils précis de poésie en langue italienne que je n'ai pas trouvés.

Un objet attira mon attention tandis que je me dirigeais vers la sortie. Il présentait le texte Chants de Carnaval de Lorenzo de' Medici (Laurent de Médicis dit Laurent le Magnifique). Voici donc pour chaque paragraphe des Chants le texte en italien sous forme d'images et sa traduction en français après chaque image :

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Combien belle est la jeunesse :

Elle ne cesse de fuir.

Qu'à son gré chacun soit en liesse,

Rien n'est moins sûr que demain.


C'est Bacchus et Ariane,

Beaux et brûlants l'un pour l'autre :

Leur bonheur est d'être ensemble,

Car le temps s'enfuit, trompeur.

Ces nymphes et tout le monde

Ne cessent d'être en gaîté.

Qu'à son gré chacun soit en liesse,

Rien n'est moins sûr que demain.

 

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Ces joyeux petits satyres,

Pris de désir pour les nymphes,

Par les grottes, les bosquets,

Leur ont tendu mille pièges ;

Puis, par Bacchus échauffés,

Ne cessent de danser, sauter.

Qu'à son gré chacun soit en liesse,

Rien n'est moins sûr que demain.

 

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Ces nymphes ont plaisir

A se laisser tromper :

N'échappent à l'amour

Que rustres et vilains.

Puis ils se livrent ensemble

A la musique, aux chansons.

Qu'à son gré chacun soit en liesse,

Rien n'est moins sûr que demain.

 

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Tel un sac posé sur l'âne,

Après eux, voilà Silène :

Vieux, mais pourtant joyeux ivrogne,

Alourdi de graisse et d'années,

S'il ne peut plus tenir droit,

Il s'amuse et rit sans cesse.

Qu'à son gré chacun soit en liesse,

Rien n'est moins sûr que demain.

 

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C'est Midas qui vient ensuite :

Ce qu'il touche devient or.

A quoi sert d'avoir trésor,

S'il ne suffit à satisfaire ?

De quel agrément peut jouir

Qui ne cesse d'avoir soif ?

Qu'à son gré chacun soit en liesse,

Rien n'est moins sûr que demain.

 

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Que chacun ouvre les oreilles,

Sans se troubler du lendemain ;

Que jeunes, vieux, hommes et femmes,

Soient tous en liesse aujourd'hui,

Et, chassant tout triste penser,

Ne cessent pas de faire fête.

Qu'à son gré chacun soit en liesse,

Rien n'est moins sûr que demain.

 

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Amoureux, dames et garçons,

Vive Bacchus et vive l'Amour !

Musique, danse et chanson !

Qu'un doux plaisir brûle le coeur !

Plus de peine et plus d'ennui !

Que s'accomplisse ce qui doit.

Qu'à son gré chacun soit en liesse,

Rien n'est moins sûr que demain.

(écrit en 1490).


Lorenzo de' Medici (Florence, 1449 – Careggi, 1492).

 

A propos des personnages de ces Chants de Carnaval : Bacchus, Ariane, Silène, Midas.

 

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Paris, le 6 février 2010.

 

Le Titien bacchus et ariane
Le Titien, Bacchus et Ariane, 1521-1523.

"L'histoire de Bacchus et d'Ariane, jusqu'alors peu représentée, avait inspiré les poètes latins Ovide et Catulle. Le commanditaire a probablement fait parvenir à Titien, en même temps que les toiles et les cadres, des extraits traduits de leurs œuvres. Jamais texte ni mythe païen n'ont été mis en scène de manière aussi tapageuse, ni avec un tel déploiement de pigments rares et précieux - qui n'étaient du reste disponibles qu'à Venise.

Après avoir aidé Thésée à vaincre le Minotaure, Ariane quitte la Crète avec lui. A Naxos, Thésée l'abandonne cependant sur le rivage. On voit ici son navire s'éloigner sur la gauche. "Sur tout le rivage, retentirent ensuite à un rythme endiablé cymbales et tambours" : ils annonçaient l'arrivée d'un char tiré par des guépards, de Bacchus et de sa suite déchaînée composée de ménades, de satyres - dont l'un, "ceint de serpents contorsionnés", et de Silène ivre, accroché à son âne. Voix, couleur, et Thésée, tout avait quitté Ariane, terrorisée au moment où le dieu saute de son chariot pour l'emporter et en faire son épouse. Elle deviendra la constellation représentée ici au-dessus d'elle. Bacchus et Ariane qui se détachent sur un fond outremer, sont animés du même élan, auquel fait écho le mouvement des cymbales tenues par la ménade à la tunique orange, qui semble être le pendant d'Ariane. Le petit chien aboie : il est excité par la présence du faune qui, du jasmin dans les cheveux, se pavane tout en tirant une tête de veau auprès d'une fleur de câpre symbolisant l'amour." Source.

 

Zia Edina 01

Edina Altara avec son tableau Bacchus et Ariane, dans son atelier de Milan, à la fin des années 1950. Archives familiales de Federico Spano. Ce tableau fut présenté ici une première fois. On le retrouve sur le blog dédié à l'oeuvre d'Edina Altara.

 

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