Le dimanche, un poème et une image.

 

 

Assis chez moi, un poème de Mahmoud Darwich, et une image de Patricia Tutoy.

 

 

 

Assis chez moi.

 

Assis chez moi, ni triste ni gai,

ni moi, ni personne.

 

Journaux éparpillés. Les roses du vase

ne me rappellent pas

celle qui me les a cueillies. Nous sommes en congé

du souvenir, en congé de tout... C'est dimanche.

 

Un jour où nous rangeons notre cuisine,

notre chambre à coucher,

chacun de son côté. Nous écoutons

le bulletin d'information,

paisible, pas de guerre contre un quelconque pays.

 

L'empereur heureux cajole aujourd'hui ses chiens,

sable le champagne au confluent de deux seins

d'ivoire... et nage dans l'écume.

 

L'empereur solitaire fait aujourd'hui sa sieste,

et comme toi et moi, ne pense pas

à la résurrection...

Elle lui appartient, elle, la vérité et l'éternité !

 

Une paresse légère prépare mon café

et la cardamone hennit dans l'air et dans le corps.

 

Comme si j'étais seul. Je suis lui ou l'autre moi

qui m'a croisé, s'est enquis de ma journée et éloigné.

 

Dimanche

est le premier jour dans la Bible

mais le temps modifie les moeurs :

le dieu de la guerre se repose les dimanches.

 

Assis chez moi, ni heureux ni triste,

entre les deux, je me moque de savoir si je suis

vraiment moi... ou personne !

 

Mahmoud Darwich (1942-2008), poème extrait du recueil Anthologie (1992-2005), édition bilingue, Actes Sud, collection Babel.

 

 

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Senlis, détail sur la face avant de la cathédrale Notre-Dame, à droite de la porte principale, le 19 décembre 2009.

 

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