Iride Altara dans les années 1930.

 

Peu de temps après les débuts artistiques de Lavinia Altara, c'est au tour d'Iride Altara de se consacrer aux arts appliqués. En 1956, Iride Altara se retrouve avec Lavinia parmi les exposants de l'Exposition d'art de Sassari, épisode important de l'activité de relance de l'artisanat sarde engagée dans l'après-guerre par Eugenio Tavolara [(Sassari, 1901-1963), sculpteur, illustrateur et céramiste] et Ubaldo Badas [(Cagliari, 1904-1985), architecte, considéré comme l'un des plus importants du vingtième siècle en Sardaigne]. Les deux artistes ont entrepris une oeuvre de réorganisation et de requalification esthétique de la production insulaire qui commence à donner ses fruits au niveau international ; la renaissance des boutiques traditionnelles qui survient après leur impulsion stimule aussi diverses expériences individuelles d'artistes, les incitant à se tourner vers les arts décoratifs. Dans ce contexte, les débuts créatifs d'Iride Altara sont probablement reconduits. Elle était déjà en contact depuis quelques années avec le monde de l'artisanat grâce à son amie Maria Serra, propriétaire à Sassari de la Boutique de l'Artisanat, qui avait commercialisé les céramiques d'Edina Altara. [...]. Des trois soeurs Altara, Iride est celle qui révèle le goût le plus prononcé pour l'extravagance et la fantaisie. De ses mains naissent des boîtes revêtues de parchemin ornées de putti, écrites et de bandes de papier tracées à l'encre, assemblage de cornes animales, de clarines, de rubans et de brocarts, et d'autres objets parmi les plus extravagants en parchemin peint, en corne, en palmier nain, en fil métallique et en d'autres matériaux : objets qui ressemblent à des cornes d'abondance d'où émergent des bouquets de fleurs, à des animaux fantastiques, à des dragons chinois. Inventions surréelles sinon surréalistes pour lesquelles le terme de comparaison le plus proche est le résultat d'un cadavre exquis,le jeu surréaliste où chacun des participants poursuit le dessin d'un autre sans avoir vu l'image sur laquelle il intervient.
Comme ces dessins, les constructions d'Iride Altara ont l'aspect excentrique, sans règles et incohérent des créations de l'inconscient.
Les travaux qu'elle réalise en corde de palmier nain (matériau rapporté en Sardaigne avec la reprise du tressage traditionnel grâce aux efforts de Tavolara) sont tout autant insolites : petits personnages et têtes de lit, tous incurvés, boucles, coeurs et volutes, ou ceux qu'elle réalise en pliant et en enroulant de la tresse de fil de cuivre, du type utilisé pour les câbles à haute tension. Les images ravagées de San Lorenzo avec la graticule, les formes tremblotantes de Neptune avec le trident et les crucifix tordus semblent réinterpréter avec une touche d'ironie les dramatiques battements et les ondoiements de l'art baroque, auquel renvoie implicitement le jeu conceptuel qui porte Iride à simuler des effets de dynamisme et de légèreté avec un matériau en réalité très lourd.


Source : Giuliana Altea, Edina Altara, Editeur Ilisso, collection I maestri dell'arte sarda (Les maîtres de l'art sarde), 2006, 127 pages, uniquement disponible en italien. Texte extrait de la partie intitulée "Iride : bellezza e bizzarria" (Iride : beauté et étrangeté), pp. 107-113. Traduit de l'italien par Patricia Tutoy, le 12 septembre 2009.




Cornucopia con fagiano, Corne d'abondance avec faisan (années 1950-1960), corne, parchemin, laiton, fil de fer zingué, encres colorées, palmier nain, hauteur 46,5 cm.


Cornucopia con cavalluccio marino, Corne d'abondance avec hippocampe (années 1950-1960), corne, parchemin, laiton, fil de fer zingué, encres colorées, palmier nain, hauteur 37,5 cm. Ces travaux étaient marqués d'un timbre adhésif oval, imprimé en noir et en argent, avec la légende : « Iride Altara, Sassari ».



Scatola, Boîte (années 1950-1960), bois, parchemin, papier imprimé, encre, or, 5,5 cm X 16,9 x 12.




Scatola
, Boîte (années 1950-1960), bois, parchemin, papier imprimé, encre, or, 5,5 cm X 16,9 x 12.



Scatola, Boîte (années 1950-1960), bois, parchemin, papier imprimé, encre, or, 6 x 17 x 11.



Testiera di letto, Tête de lit (années 1950-1960), tresse de palmier avec noyau métallique, hauteur 150 cm. Quelques applications furent égarées : les rosettes en tissu et les fleurs de parchemin.
Angelo, Ange (années 1950-1960), tresse de palmier avec noyau métallique (A droite en haut de l'image).



San Lorenzo, Saint Laurent (années 1950-1960), tresse de cuivre, 32,5 cm x 24 x 11.



Nettuno, Neptune (années 1950-1960), 39,5 cm x 33,5 x 19.



Cristo, Le Christ (années 1950-1960), 54 cm x 37 x 16.



Menestrello, Ménestrel (années 1950-1960), tresse de cuivre, 40 cm x 23 x 13.



Clizia, Clizia (années 1950-1960), tresse de cuivre, 39 cm x 31 x 16.

(Clizia est la nymphe amoureuse d'Apollon qui se transforme en héliotrope, la fleur qui suit, en s'inclinant, les déplacements du soleil (cf. Ovide, Métamorphoses, livre IV).



Appartement d'Iride Altara, à Sassari, décoration à base de collage de partitions de musique et franges peintes (années 1970). Réalisation d'Iride avec l'aide de sa soeur Edina Altara.

Retour à l'accueil