Le 21 août 2007, une dépêche de l’Agence France Presse (AFP) défile sur l’écran de mon ordinateur : « Arrestation par les autorités françaises, à Argenteuil, de Marina Petrella, ex-membre des Brigades rouges ».

 

Stupeur et immobilité.

 

Un prénom un nom. Marina Petrella.

 

D’autres prénoms d’autres noms. Paolo Persichetti, Cesare Battisti.

 

La machine à extrader est de nouveau en marche !

 

Stupeur, immobilité et réflexion.

 

Quelque part dans mon ordinateur il y a un texte écrit par Pierre Vidal-Nacquet, historien, et trois autres personnes. Un texte qui traite de la parole donnée aux réfugiés italiens par la France.

 

Je cherche le texte de Vidal-Nacquet et alii dans les dossiers, les fichiers, les sous-fichiers de l’ordinateur. Rien. Je cherche sur les clés USB, les CD, les DVD. Toujours rien. J’ouvre des boîtes d’archives. A la vingt-neuvième et avant-dernière boîte, je retrouve le texte. Onze mois après l’arrestation de Marina Petrella, je mets le texte en ligne : La parole de la France donnée aux réfugiés politiques italiens

 

Marina Petrella. Un prénom un nom.

 

Le lendemain de l’arrestation de Marina Petrella, j’assiste aux obsèques de Catherine Guénu, 52 ans, mon amie depuis plus de 40 ans. Catherine repose désormais dans mon cœur, ma mémoire et à l’ombre de l’un des trente-cinq clochers niché dans la vallée de l’Automne, en terre picarde. Je n'avais aucun moyen d'action pour lutter contre la maladie de Catherine. 

 

Un prénom un nom. Marina Petrella.

 

Faire le deuil de l’absence de Catherine.

 

Septembre arrive. Des réformes « En veux-tu ? En voilà ! » de Sarko & Co entraînent des manifestations aux quatre coins de la France. Quand je ne bats pas le pavé parisien avec mes semelles, je discute en assemblée générale, j’analyse la loi d’autonomie de l’université française avec mes collègues. Pendant ce temps-là, des étudiants bloquent l’université.

 

Je participe à d’autres manifestations que celles liées à l’université : contre la xénophobie d’Etat et ses lois sur l’immigration, pour l’augmentation des salaires, pour le maintien des 37 années et demi de cotisation pour les retraites, pour un référendum sur le traité de Lisbonne, pour le pouvoir d’achat, pour le droit de grève, contre les organismes génétiquement modifiés (OGM), pour la liberté d’expression en France et dans le monde, pour la défense de la démocratie en France, pour la régularisation des sans-papiers, pour un toit pour les sans-logis, etc.

 

Marina Petrella.

 

L’hiver passe, le printemps est là. Les manifestations bourgeonnent de nouveau. Dans tous les sens, sur tous les thèmes. Sans unité entre les différents syndicats organisateurs.

 

Marina Petrella.

 

L’été est là. Je pianote sur l’ordinateur, je visite des sites d’information sur des conférences en juillet et en août à Paris. Une conférence attire mon attention : « Comment rendre compte des mouvements de subversion sociale des années 70 en Italie face au déni opéré par un populisme pénal devenu doctrine d’Etat ? ». Dans le cadre des actions visant au retrait du décret d’extradition qui pèse sur Marina Petrella, cette conférence est organisée par les collectifs de solidarité avec Marina Petrella et contre les extraditions. Les 9 et 12 juillet 2008 à Paris.

 

J’assiste aux deux journées. Entre les deux, je participe au rassemblement du 10 juillet sur l’esplanade du centre Georges Pompidou (Beaubourg) à Paris. Depuis ce jour, j’ai participé aux rassemblements hebdomadaires pour marquer mon refus de l’extradition de Marina Petrella vers l’Italie. La France a donné sa parole. Elle doit maintenir la parole donnée.

 

Un prénom un nom. Quatre photos dans la presse. Marina Petrella.

 

Je participe également à des réunions hebdomadaires des collectifs de solidarité avec Marina Petrella et les réfugiés italiens en France, à la FASTI (Fédération des Associations de Soutien aux Travailleurs Immigrés). Je distribue des tracts lors d’actions diverses à Paris et en banlieue.

 

Ce 12 octobre 2008, à 8h02, le téléphone sonne.

 

-         Je te réveille, j’espère ? me dit la voix amie et dynamique d’Annick.

-         Oui, tu me réveilles !

-         Et, à ton avis, pourquoi je te réveille si tôt un dimanche ?

-         Euh, euh… (ça carbure dans mon cerveau ensommeillé), euh… pour m’annoncer la non-extradition de Marina Petrella ???

-         Bonne réponse ! me clame Annick.

 

Stupeur.

 

Emotion.

 

Marina Petrella. Deux histoires de vie : celle italienne, celle française. La première ne m’intéresse pas. La seconde m’importe plus que tout. Une vie de quinze années en France au vu et au su des gouvernements italien et français. Un diplôme de l’Etat français, un titre de séjour, des activités professionnelles dans des organismes publics, des mairies, des associations. Un foyer avec Hamed, son compagnon, et Emmanuela, leur fille qui fêtera ses onze ans en décembre prochain.

 

Marina Petrella. Un prénom un nom. Quatre photos dans la presse.

 

Mercredi 15 octobre à 15h, j’assisterai aux obsèques d’Etienne Gardinier, 52 ans, un ami de plus de 40 ans. Il repose déjà dans mon cœur et dans ma mémoire. Il reposera bientôt en terre picarde battue par les vents qui soufflent sur la plaine à la sortie de Crépy-en-Valois. Je n'avais aucun moyen d'action pour lutter contre la maladie d'Etienne.
 

Marina Petrella n’est pas mon amie.

 

Nous ne nous sommes jamais rencontrées.

 

Patricia Tutoy

Crépy-en-Valois, le 12 octobre 2008.

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