Bonjour Nicolas,

 

Tu ne m’en voudras pas de te donner du tu, dare del tu en italien. Tu comprendras la nuance. Si tel n’est pas le cas, demande à ta femme. Je vais t’expliquer maintenant, ainsi tu gagneras du temps, car, pour toi, capitaliste et libéral, le temps c’est de l’argent.

 

Considérant mon nom de famille, j’imagine les sourires et j’entends les rires et les remarques de ceux qui liront cette lettre si j’écris « Tu ne m’en voudras pas si je te tutoie ».

 

Bref, je t’écris aujourd’hui pour porter à ta connaissance un certain nombre de mes réflexions sur ta manière de gouverner la France. En un mot : lamentable. En plusieurs mots, c’est la suite de cette lettre.

 

Avant de développer, je te précise que je n’ai pas voté pour toi le 6 mai 2007. Au premier tour, j’ai préféré Olivier Besancenot. Le ton de cette lettre est donné : je ne roule pas pour toi ni même pour ta famille politique.

 

Depuis tes premières apparitions en politique, je te surveille de près. Nos routes ne se sont jamais croisées. J’ai seulement entendu parler de toi. Des personnes t’ont vu à l’œuvre dans la gestion de la mairie de Neuilly-sur-Seine. Elles m’ont raconté. J’ai pris peur.

Les conseils municipaux expédiés en trente minutes chrono sur ta Rolex ne permettaient à aucun de tes adjoints ou conseillers d’interagir. Tu repartais aussi vite que tu étais venu, satisfait de toi-même. Comme d’habitude. Trente minutes, c’est peu, c’est même rien, pour une mairie comme celle de Neuilly. Il est vrai qu’à l’époque tu ne possédais pas encore la montre Patek Philippe qui sert uniquement à frimer. Quand on me racontait ton management des ressources humaines de la mairie, j’étais fort mécontente.

Je fus mécontente quand Chirac te nomma ministre de l’Intérieur en 2002. Cela promettait des jours noirs. Tu en donnes la preuve aujourd’hui.

 

Te voilà maintenant président de la République française et je devrais te supporter jusqu’en 2012 ? Aïe !

Depuis ton élection en 2007, une seule personne a osé m’avouer son vote pour toi. Les autres, je les cherche encore. J’en ai repéré quelques-uns parmi les plus riches du pays : hommes d’affaires esclavagistes, chanteurs, acteurs et comédiens ringards, écrivains sans talent latent, politiciens véreux, etc. Je ne les cite pas, ils se reconnaîtront s’ils ont conscience d’eux-mêmes, de leurs actes et de leurs dires.

 

Nicolas, tu n’as pas l’étoffe d’un héros. Même quand tu as ordonné de flinguer Human Bomb (Bombe humaine), surnom que s'était donné Eric Schmitt, l'auteur de la prise d'otages de l’école maternelle de Neuilly, en mai 1993. Une mort que je qualifie d’assassinat et que je désapprouve.

Non, tu n’as pas l’étoffe d’un héros. Tu as épousé l’une des filles Bruni Tedeschi, une famille de riches industriels italiens qui a fui l’Italie dans les années 1970 pendant cette guerre civile de faible intensité, cette révolution sociale, que certains nomment trop radicalement période de terrorisme. Les Bruni Tedeschi étaient alors patrons d’entreprises et engraissaient leur capital sur le dos des ouvriers et des employés qu’ils exploitaient. Comme tous les patrons. Ta belle-famille a eu peur de se faire kidnapper voire tuer. Allez hop, direction la France où le refuge serait doux. Une belle-famille de trouillards ! Quel héritage pour toi ! Je ne te plains pas. On récolte ce que l’on sème.

 

Au fil des lignes de cette lettre, tu dois te demander où je veux en venir. Je te vois te lever du siège de ton bureau, piétiner, aller et venir dans la pièce, revenir vers l’ordinateur (j’espère que tu n’as pas imprimé cette lettre… à quoi serviraient les grands principes du Grenelle de l’environnement ?). Tu transpires sous les bras, ta chemise est auréolée, des gouttes de sueur perlent sur ton visage, des tics parcourent tes yeux, tes mains, tes bras, tes jambes. Bois un coup, ça ira mieux.

 

Voilà l’objet de cette lettre : je veux que tu quittes la France définitivement. Tu vas où tu veux mais tu te barres. Je te prie instamment d’ouvrir quelques valises. Remplis-les de tout ce que tu voudras, sauf les montres, les bijoux, les actions et le pognon que je distribuerai aux plus démunis de France.

Dans tes valises, tu dois déposer :

-          Tes affiches et slogans UMPistes.

-          Tes tongs et autres brimborions qui polluent les belles plages de France, l’été. Au fait, en hiver, tes militants ont-ils l’intention de se balader en tongs sur les pistes des stations de ski ? Un conseil : tu devrais en mettre dans le paquetage des soldats français que tu envoies au casse-pipe dans les montagnes afghanes. Tu vois, une nouvelle fois, tu n’as pas l’étoffe d’un héros. En ta qualité de chef suprême des Armées françaises et comme tu te mêles de tout, tu devrais assister les troupes militaires françaises en Afghanistan. Tu pourrais, par exemple, participer à une action contre les Talibans. Le treillis et le casque t’iraient si bien… Tu pourrais ainsi tester le matériel. Dire que tu aurais pu devenir un héros en évitant les dix morts de l’été dernier et les quatre blessés de la semaine passée. Sur l’envoi de troupes militaires en Afghanistan ou ailleurs, tu pourrais consulter le peuple français en organisant un référendum, tu ne crois pas ? On en viendrait presque à regretter Chirac qui a bien agi en décidant de ne pas envoyer les troupes militaires françaises en Irak.

-          Le dernier CD de Carla où elle chante que « tu es sa came ». T’en as de la chance. Quel romantisme, quelle délicatesse des mots, quelle poésie !

-          Les DVD des sketches de Bigard, pas le boucher, l’autre.

-          Tous les bouquins de Bernard-Henri Levy.

-          Tes costards, tes chemises et tes cravates qui ne te serviront à rien. Emporte-les quand même. Comme tu te prends pour ton costume (cherche la définition dans le dictionnaire), de temps en temps tu pourras jouer au président. Je t’informe : te verront seulement celles et ceux que tu as obligation d’emmener avec toi. Je ne suis pas sûre qu’ils te suivront, tu peux toujours tenter de les convaincre. Voici la liste : 1) ta femme, celle qui ressemble de plus en plus à Cécilia. La chirurgie esthétique, c’est bien, hein ? Quand Carla aura terminé toutes ses opérations Nip/Tuck, tu seras de nouveau avec Cécilia. 2) Ton fils Jean, ta belle-fille et ses contrats de confiance et autres camionnettes qui polluent les villes et les campagnes du pays. 3) Ta belle-famille de trouillards. 4) Ta clique : tous les membres du gouvernement, tes députés, tes sénateurs, tes militants UMPistes, tes copains artistes, patrons, journalistes, etc. 5) Les chefs et sous-chefs du Parti socialiste. 6) Tes forces de l’ordre.

As-tu remarqué que ton ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire et moi n’avons pas les mêmes valeurs sur les critères d’expulsion ?

-          Tes DVD à l’eau de rose sur tes escapades à Malte, Petra, Marne-La-Vallée, etc.

-          Et tout ce qui a un intérêt pour toi.

 

Ferme les valises maintenant et quitte la France puisque tu ne l’aimes pas. Allez hop, adieu !

 

Bonne fille, je déposerai, avant ton départ, au service accueil de l’Elysée deux livres pour te remercier de décamper du territoire français (y compris les départements et territoires d’Outre-Mer) : Le capital de Karl Marx et Le métier de consultant. Principes, méthodes, outils que j’ai co-écrit. Dans ce dernier livre, tu remarqueras que les ressources humaines, c’est-à-dire les femmes et les hommes, sont les ressources les plus précieuses pour une organisation quelle qu’elle soit, et pour un pays.

 

Tu voudras savoir ce que je fais dans la vie. Facile ! Ouvre ton ordinateur, connecte-le à Internet, va sur un moteur de recherche et entres-y mes prénom et nom.

 

Je soutiens tous les sans-papiers, les sans-logis, les sans-travail, les faibles et les opprimés de France.

 

Je soutiens Marina Petrella, tous les réfugiés italiens actuellement en France et Cesare Battisti qui croupit dans une geôle brésilienne.

 

Je soutiens Troy Davis et tous ceux qui font l’objet d’omissions ou d’erreurs policières et judiciaires.

 

Je soutiens les Tibétains et les Palestiniens.

 

Je soutiens toutes celles et tous ceux dont les droits sont bafoués, tant au travail que dans la vie sociale, et la liberté d’expression réprimée ici, en France, et partout dans le monde.

 

Je soutiens Siné et son équipe de Siné Hebdo.

 

Je ne soutiens plus le Parti socialiste dont je fus adhérente de septembre 2006 à août 2008. Je suis anti-capitaliste, anti-libérale et propriétaire de mon seul vélo et de ses trois anti-vols.

 

Je ne suis pas syndiquée, je ne suis pas sous traitement médical, je ne prends pas de substances illicites. Je bois du rouge quand le mets est raffiné mais par les temps qui courent et les réformes que tu imposes, c’est pas souvent. Je fume vingt cigarettes en trois jours. Grâce à toi, j’ai réduit ma consommation. Je fumais un paquet par jour. Dans peu de temps, je ne fumerai plus sauf si je taxe ceux qui fument et que je classe dans la catégorie « riches ».

Je lis Le Canard enchaîné, Siné Hebdo, Politis, Le Plan B, L’Humanité et Rouge. Je lis parfois quelques articles de Libération et du Monde. Je suis abonnée au site Web de Daniel Schneidermann et de son équipe d’Arrêt sur images. Depuis toujours j’ai éteint la télé et allumé mon cerveau.

J’aime bien les manifs et depuis trente ans mes godasses battent le pavé parisien. Donc, si tu cherches des photos ou des vidéos de moi, tu en trouveras dans tes fichiers de police. Si tu veux savoir si tes forces de l’ordre font leur boulot dans les manifs, je possède plein de photos de tes gars en action : planqués derrière leur bouclier mou (pas fiscal…), lançant des gaz lacrymogènes sur des seniors et des handicapés en fauteuil roulant, matraquant des individus, arrosant les manifestants avec ton super Kärcher et le fin du fin : photographiant et filmant pour garder des traces de ceux que tu nommes terroristes alors qu’ils ne sont que des citoyens défendant leurs droits. N’hésite pas à me demander les photos.

 

Nicolas, je mets un terme à cette lettre pour laquelle je formule un vœu : qu’elle soit signée par des millions de citoyens de France.

 

Allez Nicolas, j’insiste : quitte la France puisque tu ne l’aimes pas.

 

Patricia Tutoy

01/10/2008

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