La visite de la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse, le jeudi 31 janvier à l’Université Paris 13, Villetaneuse (Seine-St-Denis) fut présentée comme une « rencontre » ouverte à tous les étudiants et personnels, sur le thème de « la réussite à Paris 13 ». En réalité, Mme Pécresse voulait s’assurer à peu de frais la complaisance d’une petite université « défavorisée » pour légitimer son nouveau plan « Licence » - c’est-à-dire, en termes clairs, une réduction du budget alloué à ce diplôme par rapport à ce qui existait avant les coupes drastiques du LMD. La présidence de l’université frétillait d’aise à l’idée de s’attirer ainsi les faveurs des puissants.
 
Le « dialogue » a très vite montré ses limites : la présidence, visiblement irritée par les grondements non-violents – mais grondants – de protestation des étudiants et des personnels, le long du parcours de la ministre, a fermé les entrées de l’amphi où avait lieu le débat, grâce à un cordon sécuritaire composé majoritairement de policiers en civil, sans brassards « police ». Les participants, pourtant munis d’invitations, furent refoulés devant l’amphi. Voilà ce qui s’appelle favoriser le dialogue !
 
La protestation grondante prit la forme d’une marche funèbre, manifestation pacifique s’il en est. Le but de Mme Pécresse n’est-il pas d’achever une université publique vaillante, où même les plus défavorisés peuvent avoir accès à l’enseignement supérieur ? N’est-il pas de financer uniquement les universités renommées, déjà mieux dotées que la nôtre, et qui le seront encore plus ? Toute la politique dont Mme Pécresse est l’émissaire est de donner plus à ceux qui ont le plus. C’était donc la moindre des choses, de la part des étudiants et des personnels, que de porter, tristement et non sans protestations bien senties, un cercueil frappé du message UNIVERSITÉ PUBLIQUE EN DEUIL pour accompagner la ministre jusqu’à l’amphi où avait lieu le « débat ».
 
Les participants au débat furent indignés d’être refoulés à l’entrée de l’amphi. Lors d’une bousculade, tandis que les policiers repoussaient durement les étudiants, un battant de porte fut détérioré. Un étudiant fut interpellé à la sortie de l’université et placé en garde-à-vue au commissariat d'Epinay-sur-Seine. Un cortège d’étudiants s’est rassemblé sur les lieux, dont Stéphane Markovic, qui a été à son tour mis en garde à vue.
 
Les deux étudiants furent accusés de violences sur agent, de dégradation de biens publics et d’incitation à la rébellion. Mais les vidéos enregistrées lors des événements, comme les témoignages de ceux qui étaient présents, montrent qu’il n’y a eu aucune violence sur agent, aucune incitation à la rébellion (au contraire : Stéphane Markovic a appelé à l’apaisement) et que la dégradation constatée (un battant de porte détérioré) relève plus de la bousculade musclée des policiers en civil dans l’université que de l’action étudiante.
 
C’est la présidence qui décida de porter plainte, sans doute incitée par la présence de la ministre à « faire un exemple » ; mais personne ne se demanda pourquoi l’Université Paris 13 était pleine de policiers en civil, sans brassards « police », et de quel droit les forces du prétendu « ordre » envahirent nos locaux et réprimèrent, en déployant une action policière et judiciaire, la juste expression de notre droit de manifester.
 
L’enjeu n’est pas mince, pourtant : Paris 13 est menacée de destruction pure et simple. Par la suppression de ses moyens, déjà très faibles, par la généralisation de filières courtes « professionnalisantes », par un contrôle étatique accru du « taux d’insertion professionnelle », elle deviendra, si nous n’y prenons garde, un lugubre vivier pour les exploiteurs les plus proches. Nous ne voulons pas d’une université qui reproduise et entérine les inégalités sociales, et qui ne donne de valeur qu’à la naissance bourgeoise. Allons-nous devoir porter une nouvelle nuit du 4 août, et devoir abolir de nouveau les privilèges que nos ancêtres révolutionnaires avaient pourtant jetés à bas ? C’est à craindre. Est-il possible qu’en 2008 les protestations des sans-culottes puissent encore être les nôtres ? Que nous ayons encore à lutter contre une forme larvée de monarchie, d’aristocratie ? Le système des universités à deux vitesses, où les « meilleures » - la pas-vraiment-à-gauche Dauphine, la non-moins-conservatrice Sorbonne – obtiendraient la consécration des grandes écoles, tandis que les « mauvaises » (id est les facs de gauche, est-ce un hasard ?) iraient au ruisseau, laissent à penser que le combat pour l’égalité des chances, en milieu scolaire et universitaire, est des plus légitimes ; et que les accusations mensongères, portées par un président d’université contre ceux-là même qu’il devrait protéger, témoignent bien du climat d’agression dont les étudiants sont victimes de la part du pouvoir.
 
Afin de pouvoir continuer à mener cette lutte légitime contre la destruction programmée de notre université, nous renouvelons l’affirmation de notre droit de contester et de manifester.
 
Nous déclarons donc :
 
« Nous, étudiants et personnels de l’université Paris 13, nous opposons fermement à la répression policière et judiciaire des mouvements étudiants au sein de notre université. Nous demandons instamment l’arrêt de toute poursuite et le retrait de la plainte de la présidence».
 
Signez et faites signer la pétition papier ou sur le site : http://comiteparis13.xoo.it
 
Du lundi 4 au jeudi 7 février, des étudiants et des personnels du comité de mobilisation anti-LRU ont recueilli des signatures auprès des différents acteurs de l’université.
 
Ce vendredi 8 février, une délégation d’étudiants et d’enseignants mobilisés se sont rendus dans les locaux de la présidence de l’université au moment même où se déroulait le conseil d’administration (CA). Leur requête : participer à une partie du CA pour défendre Stéphane Markovic et apporter leurs témoignages.
 
Des membres du conseil d’administration ont demandé un vote pour ou contre le retrait de la plainte déposée par la présidence de l’université à l’encontre de l’étudiant.
 
A 13h, le verdict du vote était rendu : 32 voix pour le retrait de la plainte (sur 45 au total). Les voix « contre », « abstention », « ne prend pas part au vote » ne furent pas comptabilisées.
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