Le mot, à dire et/ou à écrire, appartient au peuple de France.

Le mot, à dire et/ou à écrire, n'appartient pas :
- à François Hollande, président de la République française,
- à Manuel Valls, Premier ministre,
- à Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur,
- à Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense,
- à Christiane Taubira, ministre de la Justice,
- à Ségolène Royal, ministre des Portiques,
- aux membres du gouvernement dans son ensemble,
- aux dirigeants des partis politiques parlementaires,
- aux élus (mairies, départements, régions et compagnie),
- aux préfets,
- aux services de renseignements,
- aux brigades de recherche et d'intervention (BRI),
- aux militaires,
- aux policiers de la police nationale,
- aux agents de la police municipale,
- aux douaniers aux frontières ou "volants",
- aux agents de la sûreté ferroviaire,
- aux agents de sécurité de la RATP (régie autonome des transports parisiens) et autres régies sur le territoire,
- aux agents de sécurité privée à l'entrée de la médiathèque José Cabanis ou de la parapharmacie Lafayette, entre autres, à Toulouse,
- aux journalistes des médias dominants et indépendants (presse écrite papier et numérique, presse radiophonique, presse audiovisuelle).

Le mot, à dire et/ou à écrire, appartient au peuple de France dans toutes ses diversités culturelles, cultuelles et culinaires, notamment.

Depuis le carnage du vendredi 13 novembre à Paris et à Saint-Denis, aux abords du stade de France (département Seine-Saint-Denis, 93, qui se situe au nord de Paris mais n'est pas le nord de Paris, comme l'écrivent certains journalistes, car Paris n'est pas la France, c'est la capitale du pays, rappelons-le), le mot, à dire et/ou à écrire, appartient au peuple de France pour éviter l'enfermement dans le tout-sécuritaire dans lequel François Hollande et son gouvernement, des journalistes et des élus veulent l'entraîner. C'est le peuple de France qui a son mot à dire, son mot à écrire. Chacun, chacune possède le pouvoir de reprendre à son compte cette phrase de Benjamin Franklin : « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux. » Mais on ne reprendra pas à son compte cette phrase d'Angela Merkel, la cheffe du gouvernement allemand :« Il faut toujours mettre en balance la liberté et la sécurité. »

Jean Rouaud, dans son livre Misère du roman (éditions Fasquelle et Grasset, Paris, 2015) enseigne : [...] « Il n'y a pas d'écriture hors-sol comme on le pratique pour certaines variétés de plantes, ni d'écriture hors-temps. Ce qui revient à dire que celui qui se propose d'écrire se doit de répondre à cette double question, d'où j'écris et à quel moment. » […]

J'écris parce que je fais partie du peuple de France. J'écris après le carnage du vendredi 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis. J'écris après les déclarations de François Hollande, au Congrès à Versailles le lundi 16 novembre, de mettre en place l'état d'urgence pour trois mois en France (métropole et départements et territoires d'Outre-Mer compris), d'augmenter les bombardements aériens en Irak et en Syrie, entre autres. J'écris après avoir lu de nombreux articles (trop nombreux et beaucoup très inutiles), j'écris sans avoir vu aucune photographie, aucune image animée relatant l'horreur, sans même avoir écouté une émission radiophonique. J'écris parce que, selon une déclaration de Hollande, la France est en guerre. Je ne suis pas en guerre. Et je ne suis toujours pas l'unité nationale.

Samedi 14 novembre 2015, au Salon du livre des lanceuses et des lanceurs d’alerte à Montreuil, Erri De Luca, écrivain italien, a commenté les attentats. Il propose d'organiser une réaction populaire.
«C’est la deuxième fois cette année que je me trouve à Paris au moment d’attentats. En janvier, j’étais invité à intervenir dans un colloque à la Sorbonne qui se tenait deux jours après la fusillade contre Charlie Hebdo. J’exprime un soutien de fraternité pour votre pays, pour lequel j’ai de la gratitude. La France m’a bien accueilli, d’abord comme un maçon, puis comme un écrivain, puis comme un coupable de délit d’opinion.
Il y a une différence avec ce qui s’est passé en janvier. En janvier, c’était le moment de la réponse et du témoignage. Il y a eu cette grande manifestation pour laquelle je donnerais comme titre "no pasaran" ("Ils ne passeront pas"), le slogan de la guerre civile espagnole. Face à l'attaque de vendredi, qui est à une échelle différente, il faut une mobilisation générale de la vie civile, du peuple français. Il faut s’emparer soi-même de la question de la sécurité sans la déléguer à l’État. La déléguer à l’État, c’est réduire ses propres libertés. En revanche, chacun doit être responsable de ce qui se passe à côté de lui, de son voisin. Il faut lancer l’alerte au niveau zéro de la société, dans un mouvement populaire et de fraternité.
Accepter seulement la réponse qui vient d’en haut, avec une multiplication des gendarmes dans la rue, n’est pas efficace. Il est quasi impossible d’arrêter des auteurs d’attentats suicide avant. Mais les gens qui vivent autour de ces assassins se sont parfois aperçus de quelque chose et ont préféré se taire. Il faut une grande mobilisation de cette responsabilité civile avec la garantie que les forces de l’ordre créeront un réseau pour exploiter les informations qui remontent. Au niveau du terrain, on peut parvenir à prévenir les attaques. Au moment où elles sont déclarées, on les subit. Il ne faut pas laisser aux seules forces de l’ordre la responsabilité. Elle doit être partagée par le rez-de-chaussée de la société, comme une lance d’alerte. La militarisation totale n’est même pas efficace.
Si on ne fait que de la sécurisation militaire, on va aller tout droit dans les bras de l’extrême droite. Il faut une organisation populaire par quartier. Un réseau qui s’organise pour faire de la résistance d’en bas, des quartiers, est à la portée d’un président de gauche. Sinon, il y aura une solution de droite. Aujourd’hui, il faut combattre la peur avec le courage et non par un accroissement de la peur.» (Source).

Premières conséquences de l'état d'urgence (présenté ce mercredi au Conseil des ministres, jeudi au vote de l'Assemblée nationale et vendredi à celui du Sénat) que veut instaurer Hollande pour trois mois : le préfet de police interdit dans la capitale les manifestations suivantes : 21 novembre, contre les violences faites aux femmes ; 22 novembre, solidarité avec les migrants ; 29 novembre, marche mondiale pour le climat ; 12 décembre, pour le climat.

Enfin, 84% des Français seraient prêts à limiter leurs libertés pour mieux garantir leur sécurité (Source).

Bienvenue en dictature !

Toulouse, 16-18 novembre 2015.

Paris, rue du Faubourg Saint-Martin, le 5 août 2015. Photographie : Patricia Tutoy.

Paris, rue du Faubourg Saint-Martin, le 5 août 2015. Photographie : Patricia Tutoy.

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