À Mourèze, un chemin de la poésie avec Dieter J. Baumgart
À Mourèze, un chemin de la poésie avec Dieter J. Baumgart

Savoir est puissance

Cependant plus je sais

plus j'ai le sentiment d'impuissance

vis-à-vis des circonstances,

des comportements,

des points de vue

que je ne peux pas modifier.

Cependant je veux pendant toute ma vie

enlever des grains de sable

dans l'espoir

que le rocher un jour

ou l'autre bougera.

Dieter J. Baumgart

À Mourèze, un chemin de la poésie avec Dieter J. Baumgart

Hier

j'ai parlé avec un arbre.

Tu es beau,

lui ai-je dit,

puissant, et ton bruissement

est musique.

Et toi,

m'a-t-il dit

toi

tu as inventé la scie.

Dieter J. Baumgart

À Mourèze, un chemin de la poésie avec Dieter J. Baumgart

Ce

jour

où se fondent

hier et demain,

où les poissons

meurent de soif dans l'eau

où la glace se dissout en flammes...

Ce jour sera la question

à toutes les réponses,

que nous avons osées

dans notre immense prétention.

Dieter J. Baumgart

À Mourèze, un chemin de la poésie avec Dieter J. Baumgart

Les mots

sont la clé de ton âme.

Prudemment j'ouvre

une porte

et puis une porte encore.

Et l'écho de mes mots

résonne dans les espaces.

Ensuite je te vois.

Et toi,

tu prends mes mots

et tu les gardes

dans tes mains.

Dieter J. Baumgart

À Mourèze, un chemin de la poésie avec Dieter J. Baumgart

Conseil No. 1984

Ajustez vos rênes, les artistes.

Faites-les trembler pour leur existence.
Afin qu'ils ne se mêlent pas,
Sans qu'on le leur demande,
De notre monde
Plein de meurtres et d'assassinats, ce monde

Que nous aimons.

Donnez-leur de l'argent aux artistes.

Faites-leur comprendre ce qu'est la richesse.
Afin qu'ils puissent savourer le bien-être
Et ne posent pas de question sur les choses
Que nous avons agencées depuis longtemps.

Moquez-vous des artistes.

Laissez la moquerie ronger leurs âmes
S'ils continuent de croire
Qu'il y a des choses

Plus importantes que nous-mêmes.

Dieter J. Baumgart

À Mourèze, un chemin de la poésie avec Dieter J. Baumgart

Rien sinon

des drapeaux noirs

Lorsque ces drapeaux

prirent une couleur

ce fut alors

du sang

Lorsque les porte-drapeaux

la haine sur le visage

se précipitèrent en avant

ce fut alors

du sang

Lorsque les patries se déchirèrent

lorsque les religions écrasèrent Dieu

ce fut alors

du sang

Noir – blanc – rouge

et jaune et brun

tout était

du sang

Ainsi

de toutes ces couleurs

il ne resta

à la fin

que du noir

Dieter J. Baumgart

À Mourèze, un chemin de la poésie avec Dieter J. Baumgart

Tu es la fleur

que je

ne cueille pas

parce que

je ne peux pas parler

avec une fleur morte

Dieter J. Baumgart

À Mourèze, un chemin de la poésie avec Dieter J. Baumgart

Le vent

feuillette dans les arbres

et conte des histoires

à venir

Car c'est lui

qui sera le dernier à partir

Dieter J. Baumgart

À Mourèze, un chemin de la poésie avec Dieter J. Baumgart

Mascarade

Je regarde dans le miroir,

soupçonnant mon

visage.

Et je le vois d'ailleurs

pour la première fois,

ce masque.

En souriant je l'enlève

et je découvre le vide.

Je l'ai sans doute porté

trop longtemps déjà.

Dieter J. Baumgart

À Mourèze, un chemin de la poésie avec Dieter J. Baumgart

Mourèze

Les villages ont des

maisons

Les maisons ont des yeux

et des bouches

Elles te regardent

et parlent

de leurs habitants.

Dieter J. Baumgart

À Mourèze, un chemin de la poésie avec Dieter J. Baumgart

Abel

semble immortel

car il n'en finit pas d'être

tué

par Caïn.

Dieter J. Baumgart

Mourèze, le 23 septembre 2014. Photographies : Patricia Tutoy.

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