Chinon, manifestation pour une Loire et un monde sans nucléaire,12/04/2014

- Ah bon ? Comment ça, je ne peux pas photographier ? Où est-ce écrit ?

- C'est écrit nulle part, c'est moi qui vous le dis et c'est tout, pas de photos ! Et je vous préviens si je vois des images traîner sur Internet, ça va barder !

- Ah bon ? Et la liberté d'expression ? On est sur une aire d'autoroute, pas à la caserne de gendarmerie du coin.

Notre car, venant d'Angers, était à l'arrêt, après le péage de Chouzé-sur-Loire : contrôle du véhicule, comme tous les autres qui passaient là. Agents de la douane et de la gendarmerie en excès de zèle et d'autorité au nom de la sécurité publique. Merci, monsieur le préfet de police d'Indre-et-Loire. Que faisions-nous là, nous citoyens militants antinucléaires et forces de l'ordre ? Les premiers étaient en route pour la grande journée antinucléaire avec village festif et manifestation dans les rues de Chinon, dans le cadre de 50 jours d'action Tchernobyl-Fukushima, et les seconds pour surveiller les premiers et dépenser l'argent public.

Et pendant ce temps-là, les droitiers Hollande et Valls remplissent nos oreilles d'expressions fleuries « pacte de responsabilité », « austérité », « économie des dépenses publiques », etc.

Comme on le verra dans la suite de cet article, la France est un pays riche, plein de ressources matérielles et humaines pour protéger les banques du quai Danton à Chinon. Annonçons les chiffres maintenant : 4 unités de C.R.S. comprenant chacune 80 individus potentiellement dangereux, armés et kevlarisés jusqu'aux dents, soit 320 hommes. On repéra aussi des gendarmes à pied, à moto ou sur la passerelle d'entrée au château, des agents de la police municipale, trois pompiers plongeurs en bateau sur la Vienne, une vedette de la gendarmerie nationale avec six hommes à bord, l'artillerie bien huilée et les muscles des bras et des cuisses aussi, et un hélicoptère. N'oublions pas ceux qui tentent toujours de se fondre dans la foule ou dans les appartements, pour prendre des photos, longeant le parcours d'une manifestation : les policiers en civil, sans le brassard orange portant mention « police ». Annonçons aussi la couleur : tout s'est bien passé lors de cette journée où 600 personnes sont venues (et pas 900 comme l'indique NR, le grand journal régional, références ci-dessous). Les volontaires de la Croix-Rouge installés dans le village festif ont trouvé le temps long. Pas de mort, pas de blessé, même pas un môme par terre après une course-poursuite avec un compagnon de jeu. Pas de malaise lié à l'ingestion de bière, cidre, jus de pomme, vin de Chinon et autres nourritures terrestres bio du coin. Bio ? Avec la centrale nucléaire à deux pas ? Et les inévitables fuites radioactives ? On se marre.

Des gendarmes, et pas des douaniers, visitèrent donc notre car transportant 38 militants en provenance d'Angers : trois enfants, deux jeunes filles d'une vingtaine d'années, des trentenaires et que des vieux de plus de 50 ans. Ils jetèrent un oeil, ne demandèrent pas l'ouverture des sacs et ne contrôlèrent pas l'identité des passagers, sauf celle du chauffeur et les papiers du véhicule. Ils inspectèrent le coffre et pendant ce temps-là ce fut la pause toilettes pour certains d'entre nous. J'en profitai pour demander à un gendarme, qui semblait être le chef, de mettre à ma disposition, pour lecture, la réquisition du procureur de la République autorisant l'intervention des troupes de sécurité. Le président d'une association angevine m'accompagna, trouvant l'idée excellente. Non, ce n'était pas une idée excellente, juste une idée de bon sens. En effet, si aucun délit n'est reconnu ou, autrement dit, si on n'est pas pris la main dans le sac d'une embrouille, les forces de l'ordre ne peuvent opérer de contrôle impunément. Un gendarme mit cette réquisition entre nos mains. Sur ce document, nous vérifiâmes la date et l'heure de l'action, le périmètre et aussi les motifs, au nombre de trois : actions terroristes, port d'armes en tous genres et trafic de stupéfiants. Naturellement, à l'issue de cette lecture, le gendarme, pour ne perdre ni la face ni le pouvoir lié à sa fonction, nous dit : « Maintenant, je vous remercie de me présenter votre carte d'identité ». Nous obtempérâmes car nous n'avons décidément rien à cacher. Si nous voulions envahir la centrale nucléaire du coin (crainte exprimée par le gendarme), nous aurions opéré comme les militants de Greenpeace. En toute discrétion.

Le car est reparti, direction Chinon. Nous avons pu admirer la centrale nucléaire d'Avoine, petite commune sur le territoire de laquelle l'Indre se jette dans la Loire. Car, contrairement à ce que l'on dit ou lit ici ou là, il n'existe pas de centrale nucléaire à Chinon. Qu'on se le dise ! Ainsi, la centrale nucléaire d'Avoine fut la première en France en 1963 et se trouve sur la rive gauche de la Loire.

Poursuivant sa route, le car nous a permis aussi d'admirer des gendarmes en faction le long de la route, d'Avoine à Chinon. Nous arrivâmes à 12h 38 place Descartes où était installé le village antinucléaire, en bord de Vienne (rivière locale). Tandis que la plupart se ruait sur les stands de bouffe (pas) bio (fouées, galettes, crêpes, légumes et autres), je partis vers le centre-ville. La Nouvelle République (NR) avait annoncé un déploiement important de C.R.S. et la fermeture de nombreux commerces. Je voulais vérifier cela, ne faisant pas confiance aux médias de ce genre, en général. J'empruntai ainsi le quai Danton, par lequel la manifestation passerait dans l'après-midi, avant d'entrer dans le coeur de ville. Le quai Danton à Chinon est un endroit magnifique, face à la Vienne qui s'écoule tranquillement. Le quai Danton a un autre charme auquel nous ne sommes pas tous sensibles : c'est le « centre » bancaire de la petite ville chinonaise. On trouve là toutes les banques aux enseignes les plus connues. Et naturellement, jour de manifestation antinucléaire, le plus gros des troupes de sécurité, comme on le verra sur le diaporama, en fin d'article.

Lors de cette pérégrination, j'appris le nombre d'unités mobiles de C.R.S. indiqué plus haut. Je constatai la fermeture de nombreux commerces mais pas les restaurants de la place du général de Gaulle, au cas où un car de touristes anglais ou allemands débarquerait après visite du château surplombant la ville et la Vienne. Je découvris, en conversant avec des autochtones, l'absence d'informations, ou plutôt des informations erronées, concernant le rassemblement de militants antinucléaires. Il ressortait des conversations que les manifestants sont des gens qui cassent tout. De fait, personne ne contestait la forte présence policière dans le centre-ville et la fermeture de la plupart des rues y menant. Je reviendrai dans un prochain article sur cet aspect de l'information donnée aux populations, lors de tels événements. J'aborderai aussi, dans un autre article, les alternatives possibles au nucléaire, en écartant ce qui est cher au coeur des cheffes et des chefs d'Europe écologie-Les Verts (EELV) ou d'associations adhérentes au réseau Sortir du nucléaire : les éoliennes et les panneaux photovoltaïques. A-t-on jamais vu un groupe de militants du réseau Sortir du nucléaire prendre d'assaut une centrale nucléaire tel que le fait Greenpeace ? (sauf si Greenpeace fait partie des 930 associations du réseau Sortir du nucléaire).

Revenons à cette splendide journée où je me suis ennuyée ferme car ce genre de rassemblement tient plus de l'ambiance Bisounours ou Dinotopia. L'ambiance Valognes, c'est mieux, c'est du concret. Après Rennes en 2011 et Laval en 2012 (pas de photos, le blog était en pause), je m'étais dit : stop, c'est la dernière manif antinucléaire à laquelle je participe ! C'est décidé, Chinon est bien ma dernière manif antinucléaire. Je ne cesse pas la lutte antinucléaire, je tenterai d'agir au plus près de la population des lieux où je vis, comme nous l'avons fait à Nanteuil-le-Haudouin dans l'Oise (lire ici et ) à propos de convois ferroviaires de déchets radioactifs : diffusion de tracts et discussions avec les gens sur la réduction de la consommation d'électricité, la première des alternatives pour parvenir à une sortie du nucléaire, et sur les économies d'énergie en général.


Texte : Patricia Tutoy, le 14 avril 2014.

Chinon, le 12 avril 2014. Photographies : Patricia Tutoy.

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