Le coquelicot
Chaque année, il renaît sur le talus du même chemin,
En pleine campagne tout contre ce champ de blé.
Chaque jour, la même mélancolie, la même solitude.
Chaque matin, l’espoir de doux rayons de soleil pour l’éternité.
Il observe, sur le talus opposé, les autres coquelicots,
Véritable tapis rouge où s’entremêlent leurs perles noires.
La blondeur des épis contraste le vert de leurs tiges,
Le vent du soir les bouscule les uns contre les autres.
Ils se sentent forts, ainsi regroupés en tribu.
Bientôt viennent les promeneurs maladroits qui les saccagent
Et les jettent dans un vase, sur le coin d’une table,
Comme pour dire : la campagne était belle aujourd’hui.
Ils finissent en bouquet, prisonniers, amassés, assoiffés, oubliés,
Par des mains empressées qui les ont cueillis trop tôt.
Ils finissent en bouquet sur un tas d’herbe fanée.
Ce matin-là, deux doux rayons de soleil éveillent le coquelicot solitaire.
Il déploie ses ailes de soie rouge, ouvre délicatement ses frêles perles noires.
Cueille-moi, murmure le coquelicot, avec ton coeur.
Sur la route de Feigneux, le 3 juillet 2009.
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